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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/176

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les États-Unis, devenir comme eux une terre d’abondance où l’Angleterre ira, par son commerce et par son industrie, multiplier les sources de sa richesse ! — Wayward, sisters ! « allez, mes sœurs ! » — En réalité, le seul lien par lequel l’Angleterre entend aujourd’hui les retenir, c’est l’avantage qu’elles peuvent avoir à conserver leurs attaches avec le royaume-uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande. A première vue, ce lien peut paraître assez faible ; mais un examen quelque peu approfondi de la question montrerait au contraire que ce lien est encore très puissant. Il n’est pas en effet d’un médiocre intérêt pour des sociétés naissantes, pour des colonies qui jouissent déjà de l’autonomie intérieure la plus complète, d’avoir en outre l’assurance d’être protégées au jour du besoin par la puissance et par les armes de la mère-patrie, de savoir constamment ouverts à leurs produits les marchés qui dépendent de l’Angleterre dans toutes les parties du monde, de pouvoir compter pour la sauvegarde de leurs intérêts individuels, sans qu’il leur en coûte absolument rien à elles-mêmes, sur l’appui de la diplomatie, des consuls, des stations navales que le gouvernement de la reine entretient par toute la terre, — de voir ouvrir à leurs enfans les rangs de l’armée, de la marine, de l’église et de toutes les branches de l’administration publique au même titre et aux mêmes conditions qu’aux enfans des citadins de Londres et de Liverpool, — de jouir enfin si entièrement de tous les droits qui appartiennent aux sujets anglais, que les habitans des colonies et les enfans de leurs enfans sont éligibles aux honneurs du parlement métropolitain, lorsqu’ils trouvent des électeurs pour les envoyer à la chambre des communes. C’est un fait dont les exemples ne sont plus rares.


III

Quelle que soit l’importance des affaires extérieures ou coloniales dont l’Angleterre s’était occupée en 1865, ce sont les questions de politique intérieure qui seules ont agi sur les élections, et le résultat qui s’en est suivi est d’autant plus intéressant à étudier que les élections se sont faites sans qu’aucun parti ni personne ait pu arguer de surprise ou même d’incertitude. Tout le monde y était préparé — par l’excellente raison que le parlement qu’il s’agissait de remplacer était arrivé, chose assez rare, presque au terme de son existence légale.

L’issue des élections n’était d’ailleurs pas douteuse. Malgré l’assurance avec laquelle les tories annonçaient l’avènement d’une réaction conservatrice, on savait d’avance que la majorité qui gouvernait depuis six ans avait conservé la faveur du pays, et qu’elle gagnerait quelques voix sur l’opposition. Ce qui était encore