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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/175

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comme article de foi que toute loi qui interviendrait dans les rapports de l’offre et de la demande serait un acte inique que le parlement n’a pas le droit de voter ni la reine celui de sanctionner, comment imaginer que ce citoyen puisse concevoir pour les colonies habitées par des gens de sa race, par des compatriotes, par des membres de sa famille peut-être, autre chose que l’indépendance industrielle et commerciale ? Celui qui repousse systématiquement l’ingérence de la reine ou du parlement dans les affaires intérieures de sa commune, de sa paroisse, aussi longtemps qu’elles obéissent aux lois générales du royaume, celui-là peut-il contester à des concitoyens qui jouissent au même titre que lui de tous les privilèges du sujet anglais le droit de gérer à leur guise et sous leur responsabilité les affaires de la colonie qu’ils habitent à mille lieues, aux antipodes de la métropole ? Celui qui regarderait comme une faiblesse et comme une humiliation de payer les taxes au collecteur, si le budget n’avait été d’abord discuté et voté, toutes les opinions entendues en pleine liberté de paroles et d’action, — celui-là peut-il dénier aux colonies l’indépendance financière et le droit qu’il revendique pour lui-même de ne payer que les impôts qu’il a consentis en personne ou par les représentant qu’il a librement et directement élus ? Or ce privilège de voter les impôts, qui appartient exclusivement aux communes, qui est considéré dans la constitution anglaise comme l’attribut spécial de la part de souveraineté qui leur est dévolue, le reconnaître aux colonies en ce qui touche leurs affaires comme un droit, exclusif, et tellement exclusif que le parlement lui-même n’a pas qualité pour leur imposer aucune taxe, n’est-ce pas en fait consacrer presque la souveraineté et l’indépendance des colonies ?

Toutes ces choses s’enchaînent. C’est la liberté du sujet anglais qui a emporté avec elle les libertés coloniales, et il faudrait être beaucoup moins prévoyans que ne le sont les Anglais pour ne pas apprécier les conséquences possibles de la situation qu’ils travaillent avec tant d’ardeur à développer. Aussi, loin de se faire aucune illusion, vont-ils au-devant. C’est en toute sincérité qu’ils répètent chaque jour à leurs colonies que, lorsqu’elles voudront se séparer de la métropole et réclamer leur indépendance absolue, l’Angleterre ne mettra elle-même aucun obstacle à cette séparation, et sera la première à les reconnaître comme états souverains. Les ayant fondées, les ayant obtenues par les armes ou par les traités, eue les considère comme des membres de sa famille qu’elle s’engage à défendre avec toutes les ressources de sa puissance aussi longtemps qu’elles voudront rester liées à son sort ; mais le jour où elles se croiront majeures et voudront tenter la fortune pour leur propre compte, libre à elles, et puissent-elles, en prospérant comme