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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/17

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le 3 mars 1526 avec beaucoup de solennité et d’allégresse. Le puissant et heureux empereur y arriva huit jours après. Il y fit son entrée au milieu des témoignages d’un enthousiasme enivrant et parmi des marques d’adulation que les Espagnols ne croyaient être que de l’admiration. Huit arcs de triomphe avaient été érigés en son honneur. Ils étaient consacrés à sa prudence, à sa force, à sa clémence, à la paix qu’il venait de donner au monde, à la justice qui le rendait l’image de Dieu sur la terre, à la gloire qui signalait toutes ses actions, à la fortune qui lui soumettait l’univers. Sur l’un de ces arcs de triomphe, il était représenté ayant un globe à ses pieds, tenant l’épée d’une main, le sceptre de l’autre, foulant la discorde abattue, et dominant les divers peuples de ses états qui s’écriaient avec satisfaction : Il est victorieux, il règne, il commande [1]. A l’arc de triomphe où était figurée la fortune lui livrant l’empire de la terre, se lisait cette orgueilleuse inscription : Le très grand Charles règne maintenant sur l’univers, et c’est à bon droit que lui est soumise toute la machine du monde [2]. Cette exaltation de sa puissance, qu’il agréa ou qu’il souffrit, n’était pas habile, car la grandeur qui, ainsi célébrée, était pour l’Espagne un sujet d’orgueil devenait pour les autres pays un sujet de crainte.

Accompagné du cardinal légat Salviati, de don Fadrique de Toledo duc d’Albe, de don Alvaro de Zuñiga duc de Bejar, du prieur de San-Juan don Diego de Toledo, des marquis de Moya et de Villafranca et de beaucoup d’autres seigneurs, Charles-Quint alla tout d’abord descendre à la grande église de Séville. De là il se rendit à l’Alcazar, où l’attendait l’infante Isabelle, que suivaient doña Ana d’Aragon, duchesse de Medina-Sidonia, la marquise de Zenette, femme du comte de Nassau, et le brillant cortège des plus grandes dames du royaume. Après s’être prosterné devant Dieu, il courut s’incliner devant elle. Le même jour, le cardinal Salviati les maria, sous le dôme de la grande salle de l’Alcazar, devant tous les prélats et tous les seigneurs de la cour. C’était le mariage public que consacrait l’assentiment des volontés exprimé des deux parts avec bonheur et avec solennité. La cérémonie religieuse se célébra plus simplement. A minuit, dans une chambre retirée de l’Alcazar où avait été dressé un autel, et en présence du duc de Calabre et de la comtesse de Haro, qui y assistèrent seuls en qualité de padrinos, l’archevêque de Tolède donna la bénédiction nuptiale à l’empereur et à l’impératrice.

La paix faite avec François Ier et le mariage accompli avec

  1. Vinci, regnat, imperat. — Sandoval, t. Ier, lib. XIV, § X.
  2. Maximus in toto regnat nunc Carolus orbe,
    Atque illi meri o machina tota subest. (Ibid.)