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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/161

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militaires, et l’on sait qu’avec l’organisation de l’armée anglaise cette exception est sans importance. Un député ne peut pas non plus occuper un emploi rétribué par la liste civile, il ne peut même contracter aucune espèce de marché avec le gouvernement pour fournitures, adjudications, entreprises, etc. Pour recevoir quelque chose des deniers publics, il n’est pas d’autre moyen que d’occuper un des douze ou quinze grands emplois : ministres, sous-secrétaires d’état, etc., qui reviennent à la chambre des communes dans la composition d’un cabinet, comme attribution de la part qui est faite à cette chambre dans la constitution du pouvoir exécutif. Encore ces emplois sont-ils très modérément rétribués ; le premier ministre par exemple ne reçoit que 5,000 liv. sterl. ou 125,000 fr. de traitement ; la plupart des sous-secrétaires d’état ne reçoivent que 2,000 livres, les lords de l’amirauté 1,000 livres seulement ; avec les habitudes de la vie anglaise, c’est très peu. Au lieu d’ambitionner les honneurs de la chambre, ceux que touche la question d’argent ont bien plus beau jeu en entrant dans la diplomatie, dans l’église ou dans l’administration coloniale. Le vice-roi des Indes jouit, toutes dépenses payées, autres que les dépenses de table et d’habillement, d’un traitement de 400,000 roupies ou 1 million de francs. Les chefs de services placés sous ses ordres, les juges des cours suprêmes indiennes, les gouverneurs des présidences de Madras et de Bombay, le général en chef de l’armée et ceux des présidences, les gouverneurs de la Jamaïque, du Canada et d’autres possessions encore, jouissent de traitemens beaucoup plus élevés que ceux du premier lord de la trésorerie, quelquefois doubles ou triples. Le vice-roi de l’Irlande reçoit 500,000 francs, l’archevêque de Canterbury a un revenu de 15,000 liv. sterl. ou 375,000 francs, celui d’York de 250,000 fr., l’évêque de Londres de 250,000 fr., de Durham de 200,000 fr., de Lincoln, d’Oxford, etc., de 125,000 fr. On ne traverse pas non plus la chambre des communes pour s’élancer de là comme d’un tremplin à une position plus lucrative : cela s’est bien vu quelquefois, et j’en pourrais citer quelques exemples ; mais cela est si sévèrement réprouvé par les mœurs que ces exemples sont très rares, et que ceux qui les ont donnés n’ont jamais pu parvenir qu’à des situations secondaires. Dans la réalité, c’est une carrière que la chambre des communes, et une fois que l’on y est entré, jeune ou vieux, il est d’usage et de bon goût de s’y tenir aussi longtemps que la volonté des électeurs vous y maintient, à moins qu’on ne soit appelé à la pairie. Encore voit-on que la plupart de ceux qui ont joué de grands rôles dans les communes et de qui il ne dépendait que de s’attribuer des sièges dans la chambre haute ne se sont presque jamais prévalus de cette faculté : William Pitt, M. Canning, sir Robert Peel, lord Palmerston, vécurent et moururent membres