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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/117

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LES
KABYLES DU DJURDJURA

IV.
LA GRANDE-KABYLIE AU TEMPS DE LA REGENCE D’ALGER. — IMPORTANCE DE LA NATIONALITE KABYLE.


Vers le milieu du siècle dernier, trois Kabyles de la tribu des Iraten suivaient un jour la rive droite du Sébaou, se rendant au marché de Bordj-Tazerarth, le poste le plus avancé qu’un caïd turc occupât dans la vallée. C’était alors la saison des figues, la saison féconde où pauvres comme riches ont le ventre content, la saison d’ivresse où les têtes travaillent, où l’humeur est plus batailleuse, la langue plus mordante, la main plus prompte à saisir l’arme et à s’en servir. Les trois voyageurs discutaient : intérêts publics ou privés, entre Kabyles jamais les motifs de discourir ne manquent ; or il s’agissait entre deux d’entre eux de la force respective de leurs partis ou soffs. Chacun s’entêtant à vanter le sien, on s’échauffe, on s’injurie, et sur la porte même du bordj les poignards allaient jouer quand le troisième Kabyle, plus conciliant, propose de choisir le caïd turc lui-même pour arbitre en la querelle. Ainsi fut fait. On raconte l’affaire au caïd. L’un des plaignans appartenait au soff d’en bas ; ses cultures, voisines de la vallée, pouvaient offrir prise assez facile aux cavaliers du caïd ; l’autre était du soff d’en haut, plus en amont de la rivière, plus garanti dans sa montagne, plus important à ménager. C’est à l’homme d’en haut que le caïd donna raison.. « N’importe, s’écrie le vaincu avec colère, la poudre