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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/11

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trement des cours de parlement non moins nécessaire à une pareille aliénation [1].

Aussitôt que Charles-Quint connut les réponses évasives de François Ier, il prescrivit à Lannoy, qui était resté à Vittoria avec la reine Éléonore, de se rendre auprès du roi très chrétien afin de l’inviter à remplir tous les engagemens du traité de Madrid, dont il avait contribué par ses conseils à faire adoucir les clauses et diminuer les précautions. Lannoy partit en toute hâte, et il arriva le 8 mai 1526 à Cognac, en Saintonge, où François Ier s’était arrêté. Le vice-roi de Naples, après avoir parlé à François Ier au nom de l’empereur son maître, le conjura lui-même, dans l’intérêt de leurs états et pour le maintien de leur alliance, de ne pas manquer à ce qu’il avait si solennellement promis. Il n’admit point qu’un prince d’autant de puissance que lui rencontrât à cet égard la moindre résistance dans son royaume. « Chacun sait, lui dit-il, qu’avec l’autorité que votre majesté a dans ses pays et l’obéissance que ses sujets lui portent, elle obtiendra tout ce qu’elle demandera et fera tout ce qu’elle voudra [2]. »

Deux jours après, le 10 mai, le vice-roi de Naples et l’ambassadeur Louis de Praet furent appelés devant le conseil du roi pour y recevoir la réponse qui devait être faite en son nom. Le chancelier Duprat leur déclara que le roi ne pouvait pas détacher la Bourgogne du royaume de France. Il ajouta que, si les sujets du roi étaient obéissans et disposés à lui accorder tout ce qu’il leur demanderait pour le fait de ses guerres, ils ne consentiraient jamais à une diminution notable du patrimoine royal. François Ier lui-même s’expliqua nettement alors, et, sans recourir plus longtemps à des délais ou à des prétextes, il dit « qu’il n’avait pas pu donner sa foi et qu’il n’était pas lié par son serment, parce qu’on avait exigé l’une et qu’il avait prêté l’autre pendant qu’il était en prison et demeurait étroitement gardé [3]. » D’après le droit de la guerre, selon lui, les promesses faites sans qu’on fût en liberté n’obligeaient pas. Il assura néanmoins qu’il souhaitait conserver l’union établie entre l’empereur et lui et se montra prêt à accomplir du traité tout ce qui était possible, en demandant que le reste « fût réduit à raison et à honnesteté. » Lannoy ayant désiré savoir ce que le roi trouvait impossible et ce qu’il regardait comme raisonnable, afin d’en instruire l’empereur, seul en mesure de faire une nouvelle

  1. Procès-verbal de ce qui s’est passé et a esté dit le vendredy Xe de may mil cinq cent vingt et six à Congnac au conseil du roy, etc. — Archives, etc., t. V, f. 9 à 16.
  2. Procès-verbal, etc. — Archives des Affaires étrangères de France, t. V.
  3. Or par le droit de la guerre et usance en tel cas gardée, ajoutait-il, telles promesses ne obligent aucunement, sy celluy qui les fait n’est mis entièrement en sa liberté. » — Procès-verbal, etc.