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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/1060

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.



14 avril 1866.

Depuis l’origine des complications germaniques, depuis la fin de l’année 1863, nous n’avons cessé de considérer comme erroné, imprudent, dangereux, le singulier système de politique adopté par notre gouvernement à l’égard des affaires d’Allemagne. L’esprit et les procédés de ce système se sont bien fait connaître dans les trois dernières années. La France regarde ce qui se passe en Allemagne et laisse faire. Sa diplomatie affecte à la fois un désintéressement qui touche à l’indifférence à l’égard des querelles qui divisent les états germaniques et un respect maniéré pour la liberté d’action de ces états. Nous avons toujours pensé, d’accord avec ceux qui se sont nourris des traditions de notre histoire et qui calculent avec sollicitude les conséquences futures des événemens à mesure qu’ils s’accomplissent, que, sans blesser ni les droits ni la juste susceptibilité des peuples germaniques, la France eût pu servir à la fois ses meilleurs intérêts et ceux de l’Allemagne en manifestant à propos, d’une façon suivie, avec une franchise amicale et une dignité ferme, son opinion réfléchie sur les tendances qui se manifestaient au-delà du Rhin avant que ces tendances ne se fussent aggravées par les faits que, laissées à elles-mêmes, elles ne pouvaient manquer de produire. On le sait, une autre façon de voir a prévalu au sein du gouvernement et a rencontré en abondance de complaisans admirateurs. On a voulu trouver toute sorte de vertus à l’abstention systématique. D’abord, disait-on, c’est par excellence la politique pacifique ; la France jouirait d’autant mieux des profits de son repos qu’elle assisterait avec plus d’impassibilité aux chamailleries de ses voisins. C’était aussi la suprême habileté : les Allemands se querellent ; à merveille ! qu’on les laisse s’affaiblir par la lutte ; nous, en attendant, nous ne risquons rien, et nous avons le bénéfice assuré des occasions qui pourront s’offrir ; tandis que les deux combattans s’épuiseront, il arrivera peut-être un moment où nous