Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/1058

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Les représentans de l’agriculture ne manqueront certainement pas d’insister, dans l’enquête, sur cette nécessité d’augmenter les ressources des départemens et des communes en réduisant d’autant le budget de l’état, il n’est pas indifférent que la même somme soit dépensée par l’état ou par les localités. D’un côté, on fera des travaux plus magnifiques, mais moins nombreux et moins utiles ; de l’autre, des chemins de fer plus modestes, des ponts moins gigantesques, des routes moins larges et moins parfaites, mais qui se multiplieront à l’infini. Après avoir attiré tout le sang des extrémités au centre, il faut le ramener autant que possible du centre aux extrémités. Une simple dotation annuelle de 1,000 francs par commune et de 500,000 francs par département produirait des merveilles, et l’état se dégagerait de la responsabilité de tout faire ; il gouvernerait, comme disait Turgot à Louis XVI, par des lois générales, sans avoir besoin d’entrer dans la diversité des détails.

Quant à la tendance des capitaux vers les placemens mobiliers, il n’y a rien à faire pour l’arrêter, il suffit de ne pas la favoriser. Les capitaux doivent rester libres de se porter où il leur plaît. Tout ce qu’on peut faire, c’est de demander, avec le congrès, que le gouvernement exécute la loi qui prohibe les loteries, et qu’il soit interdit aux agens de l’administration de travailler au placement de nouvelles valeurs. Les capitaux, avertis par de nombreuses catastrophes, se montrent déjà plus défians ; le plus simple raisonnement leur apprendra à s’écarter de ces emprunts étrangers qui ne leur présentent aucune garantie, puisqu’il n’y a aucun moyen de poursuivre hors du territoire national les débiteurs qui ne paient pas, gouvernemens ou autres. Quand une nation va chercher des prêteurs hors de chez soi, c’est qu’elle n’en trouve pas dans son propre sein ; plus les intérêts offerts sont énormes, plus il est prudent de s’abstenir, et quand cette conviction aura pénétré dans les esprits, les emprunts espagnols, autrichiens, italiens, turcs ou mexicains, pourront sans péril se présenter sur notre marché.

On a beaucoup insisté dans le congrès pour obtenir de nouveaux moyens de crédit, soit hypothécaires, soit agricoles. Les institutions existantes n’ont pas en effet rempli les espérances qu’elles avaient fait naître, et au lieu d’attirer les capitaux vers l’agriculture, elles ont puissamment contribué à les en détourner. Le Crédit foncier est pourtant un très bon instrument. Que les travaux de Paris se ralentissent, et le Crédit foncier fera retour à la propriété rurale, qu’il a trop délaissée pour des placemens plus commodes. On peut aussi désirer que le régime hypothécaire, dont il a eu jusqu’ici le monopole, soit généralisé ; l’expérience est faite, elle n’a révélé aucun danger. Le Crédit agricole prête à des critiques plus graves, car il n’a d’agricole que le nom. On ne les lui a pas