Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/1055

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


durera cette exubérance d’expropriations, de démolitions et de bâtisses. Tous les capitaux que laissent disponibles les dépenses militaires ne cesseront pas de s’y engloutir. L’imagination recule quand on essaie de calculer ce qu’auront coûté la construction du nouvel Opéra et l’ouverture de ses abords. Heureusement les Parisiens eux-mêmes commencent à comprendre que tout n’est pas gain pour eux dans ce bouleversement. Paris est maintenant la ville la plus chère de l’Europe, et les étrangers qu’y attirent les chemins de fer n’y viennent plus qu’en passant. A mesure que s’étendent ces voies immenses, froides en hiver, chaudes en été, chacun peut se convaincre qu’elles ne valent ni en beauté ni en commodité ce qu’elles coûtent. Des lignes uniformes de maisons toujours semblables fatiguent, les yeux par leur monotonie, et la disparition presque complète des jardins et des cours intérieures, l’élévation excessive des nouveaux bâtimens, remplacent les anciennes conditions d’insalubrité par d’autres ; les tables de mortalité ne donnent pas les résultats qu’on s’était promis. Espérons que l’incident du Luxembourg marquera le terme de ces exagérations. Il faut de grands travaux dans une ville comme Paris, mais il y a des bornes à tout. Les terrassemens du Champ-de-Mars, qui ont tant fait crier, et avec raison, sous la république, ne sont rien auprès de ceux qui s’exécutent aujourd’hui avec des bras et des machines qui pourraient servir à faire des chemins de fer, des routes, des canaux, ou tout simplement à exploiter des industries utiles.

Avec une diminution dans les dépenses improductives et une augmentation dans les recettes des douanes, on peut alléger quelques-uns des impôts les plus lourds. Il en est deux surtout que le congrès des sociétés savantes a signalés au nom de la justice et de l’égalité. Ce n’est pas trop que de demander une réduction de moitié sur l’impôt des mutations et sur l’impôt des boissons. Le premier est la principale cause de la plupart des embarras qui accablent en France la propriété foncière ; il contraste par son énormité avec les immunités dont jouit la propriété mobilière, et qu’il est bien difficile de lui enlever. Réduit de moitié, les recettes qu’il donne ne diminueraient pas en proportion car il provoque aujourd’hui beaucoup de fraudes aussi nuisibles aux droits du trésor qu’à la sécurité des transactions. Le second met obstacle à l’une des consommations les plus saines et les plus fortifiantes pour les classes ouvrières, excite à l’ivrognerie en réduisant l’usage régulier du vin, et comprime l’une des cultures que le climat de la France favorise le plus. Rien n’est plus monstrueux qu’un impôt qui s’attache à une seule denrée pour en doubler la valeur. Réduit de moitié, l’accroissement de la consommation compenserait encore en partie les pertes du trésor.