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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/1002

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publique, sont des fonctionnaires spéciaux ordinairement très air courant de toutes les questions pédagogiques. Un des membres du comité, le schulrath ou conseiller d’école, est investi du pouvoir exécutif dans la province : c’est le préfet scolaire, le véritable directeur de l’instruction primaire. D’une part, il dépouille les rapports des comités locaux, en fait le résumé, propose les mesures administratives, les changemens à introduire ; de l’autre, il transmet les décisions ministérielles. Il est l’intermédiaire toujours bien informé entre les autorités locales et l’autorité centrale. Il ne décide jamais rien par lui-même. Le pouvoir législatif appartient au schulcollegium. Le rôle du schulrath correspond assez exactement à celui du superintendant dans les états de l’Union américaine.

Voici maintenant comment force est donnée à la loi qui rend l’instruction obligatoire. Tous les ans, à Pâques, le bourgmestre de la commune dresse la liste des enfans qui vont entrer dans leur sixième année et qui sont tenus de se rendre à l’école. Une copie de cette liste est envoyée aux ministres des divers cultes, et les parens sont avertis qu’ils doivent donner l’instruction à leurs enfans. Ils peuvent, bien entendu, les placer dans des institutions privées ou leur faire donner l’éducation chez eux ; mais ils doivent en prévenir le président de la commission locale, qui apprécie les motifs de leur détermination. Nul ne peut employer un enfant à moins de s’engager à le laisser aller à l’école. Beaucoup de grands établissemens ont une école jointe à la fabrique, où ils font donner l’instruction aux enfans engagés dans leurs travaux. Dans l’école pratique, tous les matins, le maître fait l’appel nominal et inscrit les absens sur un tableau imprimé qu’il envoie chaque semaine au président du comité local. Celui-ci fait appeler devant lui les parens des absens, il s’enquiert des motifs des absences, il montre les avantages de l’instruction et recommande plus de régularité. Comme il est en même temps ministre du culte, son influence est grande, surtout dans les campagnes, et il est bien rare qu’il faille avoir recours à l’application des peines de l’amende et de la prison. Le nombre total des condamnations monte à quelques centaines, et le total des amendes à 2,000 ou 3,000 fr. Répartis sur une population de 19 millions d’habitans, ces chiffres montrent que le schulzwang ou obligation scolaire a cessé d’être une contrainte. Les enfans du cultivateur, de l’ouvrier, même le plus nécessiteux, se rendent à l’école parce que nul ne s’en dispense ; ils y vont chaque jour, naturellement, comme leur père se rend à son travail. L’habitude étant générale, on ne se soucie pas d’y faire exception, et l’action des mœurs est maintenant plus puissante que celle des lois. On croit même qu’on pourrait supprimer l’obligation légale sans que le