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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/996

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IV

Pendant ce repos, le colonel de la contre-guérilla dut organiser tous les services des deux districts de la province qui lui étaient confiés. Les hommes dignes de remplir les premiers postes étaient fort rares ; les principaux notables ne voulaient point accepter de fonctions compromettantes, ou la moralité de ceux qui s’offraient donnait des craintes sérieuses pour l’administration de la chose publique. Il y avait pourtant à Vittoria un homme doué de certaines qualités, et qui avait embrassé la cause de l’empire avec ardeur. C’était un beau-frère de M. Aguilar [1], M. Torribio de la Torre, désigné déjà pour les fonctions de préfet politique par le choix provisoire du général Mejia. Son activité et sa connaissance du pays le firent élever à cette première dignité locale, et tout d’abord il nous rendit de vrais services ; mais plus tard, dès qu’il prévit le départ de la troupe française, il la desservit de façon à regagner les faveurs des libéraux. — Les bureaux d’octroi, de police et de contributions furent réinstallés avec d’autant plus d’avantage que Vittoria, depuis la rentrée de la contre-guérilla, avait repris un tout autre aspect, que la majeure partie des habitans avait reparu dans ses foyers, et que désormais les convois de commerce et même de fruits arrivaient facilement de San-Luis et de Tampico, ce qui doublait la population flottante.

Malheureusement la sécurité des grands chemins n’était point encore complète malgré les mesures qui avaient été prises avant notre départ pour Sotto-Marina. La nécessité d’une gendarmerie volante avait fait choisir et armer quarante cavaliers mexicains destinés à courir sus aux bandits. Durant notre absence, après avoir été bien équipés et bien payés, les quarante gendarmes avaient déserté avec armes et bagages pour travailler à leur compte. L’insuccès de ce premier essai, le seul qui eût chance de ramener le calme dans la province, était inquiétant pour l’avenir, car donner des fusils aux citoyens pour leur propre défense, c’était ouvrir une nouvelle ère de désordres. Pour parer à la perte de cet élément de pacification, un décret du maréchal Bazaine augmenta l’infanterie de la contre-guérilla d’une compagnie de deux cents fantassins, qui fut bientôt formée avec les meilleurs soldats libérés descendus, pour gagner l’Europe, à Orizaba, où les engageait un de nos camarades

  1. M. Aguilar di Marrocho, ancien ministre sous Santa-Anna, qui prononça un éloquent discours en faveur de l’archiduc Maximilien à la junte de Mexico, qui fut député à Miramar pour y porter la couronne, puis ambassadeur du Mexique en 1865 à Rome et aujourd’hui à Madrid, lienciaio d’une haute valeur, et clérical aussi honorable que passionné.