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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/983

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l’Union américaine. Les Français y trouvèrent un accueil très cordial. L’aguacero tombait toujours avec violence ; mais des abris nous avaient été préparés par les habitans, dont la bonne réception était d’autant plus surprenante que Sotto-Marina est la patrie du général Carbajal et que sa famille y résidait encore et y exerçait une grande autorité. Or on savait que le vaincu de San-Antonio avait récemment paru sur ce territoire en appelant à la défense du sol national tous les hacenderos et les peones des environs. Cependant personne n’avait bougé. C’est que le président de la députation qui venait d’acclamer les Français était le cousin même du général Carbajal : il avait nom don Jésus de La Serna. A ses côtés se tenait un autre parent et ami intime de Carbajal, don Martin de Léon, agent consulaire des États-Unis à Sotto-Marina.

Don Jésus de La Serna est un personnage qui semble appelé à jouer un rôle dans son pays. Fils du général La Serna, qui s’est acquis une haute réputation militaire dans les guerres de l’indépendance comme gouverneur de la province, et chef du parti libéral, il a hérité de l’influence paternelle en même temps que d’un immense patrimoine. C’est peut-être le plus riche propriétaire foncier du pays. Ses haciendas couvrent une étendue de près de soixante lieues le long du littoral depuis Sotto-Marina jusqu’à Tampico, et à lui seul il possède des milliers de chevaux et de taureaux. Pendant tout le séjour de la contre-guérilla dans le Tamaulipas, ce sont ses manadas (troupes de chevaux en liberté) qui ont remonté nos escadrons au prix moyen de 25 piastres (125 francs) chaque cheval. Allié par sa femme à la riche famille des Lastra, de Tampico, il doit son légitime ascendant sur ses compatriotes et ses Indiens à un caractère aussi généreux que brave. D’une imagination fine et brillante, quoique un peu emportée, il parle facilement l’anglais et le français, qu’il a pu apprendre pendant son séjour en Europe, où il a recueilli en même temps bien des notions précieuses sur les moyens de propager la civilisation au Mexique. A l’arrivée des Français, il fit preuve de tact politique. Moins ardent que son cousin Carbajal, libéral aussi, il pensa peut-être, et cela avec raison, que les troupes ne feraient que passer à Sotto-Marina, que leur action serait de courte durée, que sa présence calmerait de part et d’autre certaines susceptibilités, tout en empêchant de frapper de confiscation ses propres domaines. Toutefois il était décidé à ne pas compromettre l’avenir. Sa maison, bâtie à la mauresque et somptueusement meublée, fut offerte au colonel français, qui devint son hôte.

Sotto-Marina a été une petite ville ; aujourd’hui c’est à peine une bourgade, dont l’aspect est joyeux encore. Elle compte tout au plus une centaine de maisons, d’apparence assez propre, et une église coquette, semblable à nos élégantes paroisses de campagne. La