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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/97

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XVIe siècle, ne pouvait voir sans crainte s’agrandir encore la puissance qui étreignait ses frontières, qui avait la main dans ses factions, qui était l’alliée des Guises. Henri III avait pour le pousser à l’action des raisons de sécurité ; Catherine de Médicis avait ses prétentions sur la couronne portugaise, prétentions légères, mais qui étaient du moins une arme : intérêt national, intérêt dynastique, intérêt politique du moment, tout se réunissait. Le pape lui-même, plus troublé que rassuré par le catholicisme envahisseur de Philippe II, ne demandait pas mieux que de contenir son terrible voisin de Naples et du Milanais, et d’instinct se sentait plus garanti par une action anglo-française que par la politique de Madrid. Ils étaient ainsi tous intéressés à ne pas laisser mourir cette petite indépendance menacée et à soutenir un prétendant portugais. Celui qui voyait le plus clair pour la France, c’était l’ambassadeur à Madrid, M. de Saint-Goard, qui, placé au foyer de l’intrigue espagnole et sous la pression des choses, concevait d’avance la politique d’Henri IV et de Richelieu. M. de Saint-Goard ne voyait d’autre remède que de laisser les Portugais se donner un roi avant l’invasion et de le soutenir. « Il est clair, ajoutait-il, que cela fait ils entoureront et défendront, le souverain de leur choix avec le courage qu’ils ont montré à d’autres époques, tandis que, continuant à rester divisés et sans chefs, ils succomberont facilement au premier choc de l’ennemi… En laissant se développer l’anarchie et le découragement qui minent ce qui reste des forces portugaises, tout ce que nous ferons sera d’aplanir le chemin devant les Espagnols. » C’est dans cette voie que M. de Saint-Goard poussait la France.

Il arriva alors ce qui s’est vu depuis plus d’une fois, ce qui est arrivé hier encore dans les affaires du Danemark. La défiance jetée entre toutes les politiques amena l’impuissance commune. Le pape ne demandait pas mieux que de retenir l’Espagne, mais il n’osait contrarier ouvertement ses desseins, et il déguisait ses craintes sous l’innocent et candide conseil de ne pas recourir à la force. La vigoureuse Elisabeth se montrait prête à soutenir la cause portugaise même par les armes. Deux fois elle fit sonder la cour du Louvre par son ambassadeur Cobham ; deux fois elle fit proposer à la France une alliance active, et, ne trouvant qu’une froideur évasive, elle se replia en elle-même ; elle n’avait pas envie de s’aventurer seule contre l’Espagne, au risque d’avoir à combattre chez elle l’agitation des catholiques, les conspirations qui se succédaient, les entreprises auxquelles pouvait encore servir de drapeau le nom de la belle et infortunée Marie Stuart. Elle comprit qu’elle jouerait trop gros jeu et elle attendit. Henri III et Catherine de Médicis voulaient bien, eux aussi, faire quelque chose pour arrêter l’ambition espagnole ; mais le faible Valois éludait les propositions de l’Angleterre