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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/893

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prononcer un mot de la langue de leur pays, dont ils perdirent l’usage à tel point qu’après la paix de Cambrai ils ne comprenaient déjà plus le messager qui vint les visiter de la part de leur aïeule et de leur père, et les instruire en français de leur prochaine délivrance [1].

La régente écrivit au roi son fils et au vice-roi de Naples qu’elle se rendait en toute diligence vers la frontière, mais qu’elle n’y arriverait jamais au terme convenu. En apprenant son approche et ce retard, le vice-roi partit le 7 mars de Vittoria [2], où la reine Éléonore, qu’escortait le connétable de Castille, remplaça bientôt François Ier, qui fut conduit par Lannoy dans la forte place de Saint-Sébastien, à trois lieues de l’embouchure de la Bidassoa. Là fut dressé entre Chabot de Brion, envoyé par la régente, qui fit son entrée dans Bayonne le 15 au soir, et le vice-roi de Naples, une nouvelle convention pour fixer le jour et régler le mode de la délivrance du roi. Ce fut le 17, à sept heures du matin, que dut se faire, avec les plus minutieuses et les plus défiantes précautions, l’échange de François Ier et de ses deux fils sur la rivière qui séparait le royaume de France des terres d’Espagne.

Ce jour-là, à l’heure fixée, arrivèrent, aux bords déserts de la Bidassoa, le vice-roi accompagnant François Ier, Lautrec conduisant le dauphin et le duc d’Orléans. Au milieu de la rivière, entre Fontarabie et Andaye, avait été placé un ponton en forme d’estrade que des ancres retenaient immobile à une égale distance des deux rives, et où il était convenu qu’aborderaient ensemble le roi et ses enfans, pour passer en même temps le roi en France, ses enfans en Espagne. Deux barques de semblable dimension, montées par un pareil nombre de rameurs, étaient préparées sur chaque rive. A l’heure marquée, Lannoy entra dans l’une avec François Ier, et Lautrec dans l’autre avec le dauphin et le duc d’Orléans. Chacun d’eux avait pour escorte dix gentilshommes, armés seulement de leur épée et de leur poignard. Les barques parties ensemble s’avancèrent d’un mouvement égal vers le ponton, où elles arrivèrent au même moment. Lannoy, que suivit Alarcon, monta sur l’estrade avec François Ier, pendant que Lautrec y paraissait tenant par la main les enfans de France. Les dix gentilshommes de chaque côté restaient immobiles dans les barques arrêtées [3]. Si Alarcon

  1. Rapport de Bordin, huissier de la régente, envoyé pour visiter les princes après la paix de Cambrai, en 1529. — Archives de Simancas, série B, liasse 2, n° 40.
  2. Lettre de Lannoy à l’archiduchesse Marguerite d’Autriche, du 20 mars 1526. — Archives des Affaires étrangères, Espagne, vol. V, f° 250-252.
  3. Sandoval, t. Ier, liv. XIV, § 13, et Comentarios de los hechos del señor Alarcon p. 311.