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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/851

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M. Blair. Tout le monde en augurait, sinon la paix immédiate, au moins un grand pas vers l’accord amiable et le rétablissement de l’Union. Pour ma part je n’y croyais guère, car j’avais lu dans les journaux de Richmond de telles invectives contre quiconque ne ferait pas de l’indépendance des états confédérés la condition sine quâ non de la paix, que je ne pouvais supposer le gouvernement rebelle, qui est l’âme de la presse virginienne, en disposition de se sacrifier pour le bien public. Horace Greeley d’ailleurs était mêlé à l’affaire, et si bien que je respecte ses efforts persévérans, infatigables pour inspirer aux confédérés l’esprit de paix et de soumission, les négociations de Niagara sont encore trop récentes pour que j’aie grande confiance dans la diplomatie chimérique de cet esprit élevé et convaincu, mais rêveur et fantasque. Ce que je me figurais plus volontiers et ce que ma raison pouvait admettre, c’est que l’ambassade de Blair ou toute autre semblable démarche fortifierait au sud ce parti toujours grandissant de la paix, dont l’insubordination menaçait de renverser Davis. Alexandre Stephens, le vice-président malgré lui de la prétendue république, pouvait saisir cette occasion de se mettre à la tête des convertis et faire à l’obstiné dictateur une opposition domestique qui aurait bientôt paralysé tout à fait le corps malade et mutilé de la rébellion ; mais je comptais sans la faiblesse de l’un et sans l’énergie dominatrice de l’autre. Ce qui devait être la ruine du président Davis a été pour cet homme extraordinaire l’occasion de ressaisir tout son ancien ascendant sur les timides et de pousser devant lui le troupeau de moutons enragés qu’il a mordus.

M. Blair revint, puis s’en retourna, puis revint encore, et déjà l’on ne semblait plus y songer. New-York seule, comme tous les centres financiers dont l’instabilité s’ébranle aux moindres secousses, se partageait entre l’espoir et la crainte, et, tout en souhaitant la paix, redoutait déjà qu’elle ne fût trop prompte. Les journaux, aux aguets de tous les bruits qui peuvent remplir leurs colonnes, donnaient par métier vingt récits et conjectures opposés à un public incrédule et indifférent. Quelques-uns, prenant le contre-pied de la rumeur courante, s’amusaient à la travestir en manœuvre financière et à nier même que Blair fût parti, — quand tout à coup une dépêche arrive de Fortress-Monroë, annonçant que le vice-président Stephens, le juge Campbell et le sénateur Hunter sont dans les lignes fédérales et sollicitent l’autorisation d’aller jusqu’à Washington porter des propositions de paix. M. Seward est allé à leur rencontre avec les pleins pouvoirs du président. On va même jusqu’à énoncer les conditions qu’il leur porte : il exige tout d’abord que les rebelles mettent bas les armes, qu’ils se soumettent aux lois des États-Unis, telles que la révolution les a faites ; il offre