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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/809

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s’apaisera devant la franchise de nos déclarations. » Il nous a annoncé que « notre expédition touche à son terme, » et qu’il s’entend avec l’empereur Maximilien « pour fixer l’époque du rappel de nos troupes. » La note adressée par M. Seward à M. de Montholon le 6 décembre, la dépêche du même ministre à M. Bigelow du 16 décembre, nous ont appris que les États-Unis refusent de reconnaître, même comme pouvoir de fait, l’institution impériale de Maximilien au Mexique ; cependant la condition de cette reconnaissance n’est plus mise par le cabinet des Tuileries au rappel de nos troupes. La dépêche de M. Drouyn de Lhuys à notre ministre à Washington, datée du 9 janvier 1866, nous montre que le gouvernement français serait disposé à se contenter de la part des États-Unis d’une simple déclaration de stricte neutralité. « Nous espérons que le but légitime de notre expédition sera bientôt atteint, écrit M. Drouyn de Lhuys, et nous nous efforçons de prendre avec l’empereur Maximilien les arrangemens qui, en satisfaisant nos intérêts et notre dignité, nous permettent de considérer comme terminé le rôle de notre armée sur le sol mexicain. L’empereur m’a donné ordre d’écrire dans ce sens à son ministre à Mexico….. Confians dans l’esprit d’équité qui anime le cabinet de Washington, nous attendons de lui l’assurance que le peuple américain se conformera à la loi qu’il invoque en maintenant à l’égard du Mexique une stricte neutralité. Lorsque vous m’aurez informé de la résolution du gouvernement fédéral à ce sujet, je serai en mesure de vous indiquer le résultat de nos négociations avec l’empereur Maximilien pour le retour de nos troupes. » Ainsi le dernier mot de la controverse en atténue les difficultés antérieures : une déclaration de neutralité ne peut rien coûter au gouvernement des États-Unis, puisqu’au fond une neutralité correspondante est tout ce que ce gouvernement demande au nôtre depuis l’origine du débat.

Nous avions hâte d’aller à ce qui nous pouvait rassurer, et c’est pour cela que nous avons signalé tout d’abord les phrases significatives du discours de la couronne et des plus récentes dépêches de notre ministre des, affaires étrangères. Il semble certain que nous nous apprêtons à quitter le Mexique dans un délai convenable, pour employer une expression heureuse de M. Seward. Ceci posé, il est un point qu’il importe, suivant nous, d’établir clairement et fortement : c’est que dans ce terme mis à notre expédition, ce sont avant tout et surtout les devoirs et les intérêts de la France et non les objections seules d’une nation étrangère que nous avons à consulter. Sans doute, nous devons tenir grand compte des dispositions d’un peuple tel que le peuple américain, à qui nous sommes liés par une amitié traditionnelle et naturelle. Les Américains ont des principes, des intérêts, des susceptibilités, des préjugés même, pour lesquels nous devons avoir les ménagemens et les égards que professent entre elles les nations qui s’estiment et se respectent ; au point de vue pratique, il est clair que nous ne pouvons rien faire en Amérique de solide, de durable, de fécond, en froissant leurs sentimens, en faisant échec à leurs tendances, et qu’une