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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/803

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nécessaire de l’héroïsme. Gracieux tableau, sans doute, idylle sociale, si je puis ainsi parler ; où est l’action encore une fois ? Que devient la comédie ou le drame ?

La comédie, ce serait une étude psychologique où l’on verrait les difficultés de cette éducation réciproque, l’embarras, la pudeur, la gaucherie ; de l’un et de l’autre personnage en ces domaines si nouveaux pour chacun d’eux ; le drame, c’est un obstacle tout à coup dressé entre les deux amans et la lutte qu’il fait naître. Le poète a choisi ce dernier parti. Le père de la jeune veuve, celui-là même que Humbert a fait rayer de la liste des émigrés, vient d’arriver à Paris, non pas au nom de la faveur qui lui est faite et qu’il repousse, mais en ennemi de l’ordre nouveau. La Vendée est en feu, les Anglais vont favoriser une descente des émigrés sur les côtes de Bretagne ; c’est là que le vieux gentilhomme se croit appelé par son devoir. On devine aisément sa stupeur lorsqu’il apprend que sa fille veut donner sa main à un conventionnel. La jeune femme a pu vaincre ses propres préjugés, elle n’essaie pas de lutter contre l’indignation du vieillard. En vain a-t-elle laissé entrevoir à Humbert, après avoir mis sa magnanimité à l’épreuve, qu’elle consentirait à devenir sa femme, en vain a-t-elle allumé l’espoir en cette âme impétueuse, la piété filiale l’oblige à violer sa promesse. Humbert au quatrième acte est dans cette même mansarde où nous avons vu la pièce commencer. La marquise va venir, il l’attend, et comment douter du motif qui l’amène ? C’est un aveu qu’elle vient faire, c’est un engagement qu’elle vient prendre. O extases ! ivresses d’un cœur viril et pur ! avec quelle joie il sème les fleurs sur les pas de la jeune femme ! comme il est heureux de donner un air printanier à son austère cellule ! La marquise arrive, et c’est pour dire à son amant un adieu éternel : « Je t’aime et je te fuis ! » les pleurs, les reproches, les supplications de Humbert n’y feront rien ; elle a son devoir à remplir. Une inspiration heureuse au milieu de ces péripéties trop symétriques où la chaleur fait défaut, c’est le cri du conventionnel lorsque, demeuré seul et sentant au fond de son cœur le citoyen amoindri par l’amant, il redemande ses enthousiasmes d’autrefois à celle qui l’a désarmé.

La guerre de Vendée offrira au général l’occasion de se retrouver lui-même. Hoche va partir, Humbert n’hésite plus à le suivre. Nous voici sur les côtes de Bretagne, au lendemain de la journée de Quiberon. Paysans et soldats racontent les incidens de la bataille ; c’est la transposition populaire et révolutionnaire des récits classiques de l’ancienne tragédie. Une femme voilée les écoute du seuil de l’hôtellerie villageoise ; la marquise de Maupas prévoyait trop bien l’issue de la lutte, elle est accourue de Paris pour essayer de sauver son père. Le vieillard, en effet, est prisonnier, et comme