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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/798

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passions, il honore les victimes, il dégage du chaos des luttes violentes les idées qui ne doivent pas périr.

Qu’on nous pardonne de placer haut notre idéal : nous ne songeons pas à l’auteur dit Lion amoureux en écrivant ces lignes, nous songeons à l’avenir. M. Ponsard a indiqué la voie, d’autres, y marcheront d’un pas mieux assuré. Qu’il reste encore de progrès, à faire, de questions à résoudre ! Nos peintres n’ont pas trouvé du premier coup le ton qui convient à la reproduction des scènes révolutionnaires ; la poésie fera peut-être encore bien des essais avant de forger le style franc et souple qui doit idéaliser les réalités, tumultueuses sans en altérer la physionomie. Ce n’est pas assez en telle matière de l’adresse des transformations et des soudures ; il faut ici ce poète créateur dont nous parlions, plus haut, le poète qui saurait enfanter d’un seul jet le fond et la forme de son théâtre. Un de nos amis, préoccupé de ces questions d’art, a dit ici même en vers ingénieux, quelques années après la Charlotte Corday de M. Ponsard :

A nos fastes vivans si ton âme s’inspire,
Écris d’après toi seul, comme faisait- Shakspeare.
Aux rhéteurs de jeter dans un moule pareil
Des choses que deux fois ne vit pas le soleil.
Parfois humble est la forme, elle est parfois hardie :
La forme sort du fond de toute tragédie ;
Mais quel que soit le fond, ou profane ou sacré,
Que chaque spectateur, de terreur pénétré,
Ou d’une pitié douce ému pour la victime,
Sorte ami du malheur et détestant le crime !

Créer le fond, créer la forme, rester fidèle à l’humanité, fidèle à la justice, faire œuvre d’historien, et de penseur en même temps, qu’on fait œuvre de poète par la vivante peinture des passions, voilà bien des conditions à remplir ; mais aussi que le champ, est vaste et que la victoire ; serait belle !

L’époque choisie par l’auteur du Lion amoureux est celle où la société essaie de renaître après les massacres de la terreur, époque bizarre » confuse, incohérente, heure de fièvre autant que de faiblesse, en un mot, de toutes les périodes révolutionnaires, la plus propre à la comédie. Que de contrastes ! quels changemens de rôles ! les bassesses mêmes semblaient tragiques au fort des luttes sanglantes ; comme elles vont, désormais reprendre leur vrai caractère ! On verra les choses à nu ; toutes les formes de la perversité humaine seront subitement dévoilées pour l’observateur attentif ; le lâche, le méchant, l’agioteur, ceux qui poursuivaient leurs intrigues personnelles à la faveur du drame public, bref tous les tartufes de