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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/795

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THEATRE-FRANCAIS

LE LION AMOUREUX, DE M. PONSARD.

Le public de nos jours est souvent accusé de faire défaut aux ouvrages qui témoignent d’un effort sérieux et exigent à ce titre une sérieuse attention. Ce reproche est-il toujours fondé ? On sait quelle rude et juste leçon avait été dernièrement infligée à la Comédie-Française ; une récente soirée en a été la contre-partie. Un poète, à qui l’on souhaiterait plus d’invention et de vigueur, mais grave, honnête, animé du respect de son art, se tenait éloigné de la scène depuis plusieurs années ; il rompt enfin ce long silence, il apporte une œuvre laborieusement conçue, exécutée avec soin, et les spectateurs du premier soir ne se demandent pas si l’action est originale, si les caractères sont bien soutenus, si les épisodes, habilement enchaînés, concourent à l’effet de l’ensemble ; ils ne voient que l’intention élevée, le labeur scrupuleux, et, tout heureux d’être délivrés enfin du spectacle de la corruption effrontée ou de la niaiserie prétentieuse, ils croient posséder une œuvre à la vieille marque. Comment, se disent-ils, ne pas sympathiser avec le poète qui a conservé le goût d’un art sévère quand on voit déborder de toutes parts la littérature qui abêtit ou qui énerve ? Comment ne pas le remercier du plaisir que causent un langage noble, une tentative sérieuse, un effort persévérant, alors même que la tentative est incomplète et l’effort trop visible ? Nous ne croyons pas nous tromper en interprétant ainsi les sentimens de l’assemblée brillante qui a salué de ses acclamations le Lion amoureux de M. Ponsard.