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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/794

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le ton d’une, critique littéraire sincère jurerait trop pour être supporté et pour être efficace avec celui de la critique politique. Quiconque voudrait garder sa franchise d’allures et dire nettement, ce qu’il pense de la pièce du jour, du romancier qu’on reçoit dans les bonnes maisons, du dramaturge, sans style qui passe en carrosse sur nos boulevards, regardé avec admiration par la foule, tandis qu’un écrivain de mérite se consume dans la pauvreté et l’obscurité, — quiconque aurait cette audace serait signalé dans la mollesse générale à l’animadversion de tous comme un puritain incommode et comme un misanthrope ! tourmenté d’un âpre besoin de dénigrement ; on le tiendrait à la lettre pour une peste publique. SI enfin les auteurs, dramatiques eux-mêmes ne nous servent que des satires sans art de la vie privée la plus infime ou des pièces à grand spectacle, c’est que sur le chemin qu’ils ont choisi on ne rencontre point la censure. Quoique beaucoup de bons esprits, tout en souhaitant une autre organisation de la censure théâtrale que celle qui fonctionne en ce moment, jugent cette institution indispensable, même dans l’état de liberté, il est vrai de dire que la censure devient aisément capricieuse et peut gêner ce qui est bon, en laissant passer ce qui est mal, quand on ne se sent pas une liberté suffisante pour discuter ses arrêts.

Ainsi, de quelque côté que l’observateur tourne ses regards et quelque sujet qu’il examine, quand c’est un sujet d’intérêt public, il est amené à toujours, souhaiter le même remède à des maux en apparence divers. C’est une plus grande liberté politique, consacrée par les institutions qui, en donnant aux mœurs plus d’élévation, arriverait par un effet indirect à corriger la licence du théâtre. Beaucoup de lois qu’on a promulguées il y a une quinzaine d’années dans l’intérêt de la société, de l’ordre de la religion, de la famille, du principe d’autorité, n’ont pas réussi cependant à sauver le respect des notions essentielles, sur lesquelles sont fondés et l’ordre social et l’ordre domestique. Qui demande d’ordinaire la réforme de ces lois bien rigoureuses au nom d’un parti ou d’une théorie politique. Nous venons de relire les œuvres de notre temps, et cette réforme salutaire, nous serions tenté de la demander aujourd’hui au nom des mœurs françaises et de l’esprit français.


J. J. WEISS.