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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/772

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peones (journaliers) attachés à l’exploitation et de vastes porcheries [1].

Au point de vue commercial, l’occupation de Tancasnequi, que l’ennemi venait d’abandonner, avait un immense intérêt. En face, sur la rive droite du fleuve, s’élève Tantoyuquita : c’est le nom qu’on donne aux docks de Tampico, qui servent à emmagasiner les cargaisons que ce port expédie par le fleuve. Là, des mules descendues des hauts plateaux, sous la conduite d’arrieros, sont chargées de ballots et remontent vers San-Luis pour se disséminer ensuite dans toutes les directions de l’intérieur. La valeur des marchandises qui alors y étaient accumulées en dépôt s’élevait à près de 2 millions de piastres. Les opérations de cet entrepôt étaient considérables : aussi, dès que Tampico eut été réoccupé par les Français, les libéraux, privés des revenus du port, s’empressèrent d’établir un second cordon douanier à Tancasnequi, par où passaient forcément les colis débarqués à Tantoyuquita, la route de terre étant jusqu’à ce point impraticable pour les convois. Ils lancèrent un décret par lequel toutes les marchandises existant déjà en magasin, ainsi que les nouveaux arrivages, seraient frappées d’un second droit de trente pour cent, et en appuyèrent l’exécution rigoureuse par l’établissement d’un poste militaire. Pendant la crise commerciale qui suivit ce décret, toutes les transactions entre Tampico et l’intérieur avaient donc cessé ; l’arrivée de la contre-guérilla leur rendit un libre essor. Une commission de négocians assistée des consuls fut aussitôt mandée à Tancasnequi pour établir le bilan de l’actif et des pertes que les libéraux avaient fait subir au commerce local pendant leur séjour, pertes heureusement minimes en raison de leur évacuation précipitée. Les dommages causés avaient principalement porté sur les conserves alimentaires que les États-Unis expédient en grande quantité, sur les caisses de cigares de la Havane, et sur les vins fins venus d’Europe [2]. Avant les

  1. Le cochon est l’animal le plus répandu au Mexique et le plus productif. Sur le plateau de San-Andres, au pied du pic d’Orizaba, il y a des haciendas splendidement construites, entre autres San-Francisco Algives, dont les colonnades de granit ont un aspect grandiose. Elles renferment des fortunes princières ; dans une vingtaine de cours communiquant entre elles et contenant chacune des milliers de niches comme une ruche d’abeilles se prélassent vingt mille cochons ; chaque animal vaut en moyenne de 8 à 10 piastres. L’élevage y est perfectionné. Toute cette gent à longs poils, peu farouche, quoique d’aspect aussi sauvage que les sangliers d’Europe, va successivement disparaître dans d’énormes chaudières de cuivre, d’où sortent des quantités incalculables de lard et de graisse réservée moitié à la consommation, moitié à la fabrication du savon.
  2. On sait que la vice-royauté espagnole, résolue pendant son règne a ne pas laisser naître de concurrence aux produits de la mère-patrie, avait banni la plantation de la vigne, à laquelle le terroir mexicain convient à merveille. De très heureux essais tentés près de la ville d’Aguas-Calientes, quoique sur une modeste échelle, ont prouvé que dans l’avenir la viticulture aurait de grandes chances de réussite, si on lui consacrait des soins intelligens.