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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/758

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était organisée. Les blessés, presque tous grièvement atteints, reposaient sur des litières fabriquées à la hâte avec des nattes ; l’évacuation sur Tampico était urgente, si on voulait les sauver. On était rassuré d’ailleurs sur le sort du colonel Llorente, qui, sans répondre aux six courriers qu’il avait reçus, était tranquillement rentré à Tuxpan, dès qu’il avait été dégagé. Pour lui rendre justice, il faut dire qu’il avait peu inquiété Carbajal sur ses derrières ; il avait préféré lui tourner le dos. Les résultats du combat eussent été tout autres, si les fuyards avaient été cernés : c’était la destruction complète d’une bande qui devait renaître plus tard. Un septième courrier, impérieux cette fois, fut expédié à Llorente, lui intimant l’ordre de se rendre au camp du colonel Du Pin.

Au départ, les Indiens se pressèrent en foule pour porter les litières sur leurs épaules. Le convoi se mit en route. Les porteurs se relayaient toutes les dix minutes. La chaleur était suffocante, et le sentier difficile. Amatlan se trouvait sur le passage : l’église, vaste et bien aérée, fut convertie en hôpital. La population d’Amatlan se compose d’Espagnols et de métis blancs ; elle s’était levée aussi en faveur de Carbajal. Là, comme dans le reste du Mexique, les métis étaient les ennemis naturels du nom français, car ils savent que nos principes de liberté changeront tôt ou tard en hommes libres les pauvres ilotes indiens qu’ils pressurent. Les Indiens mansos (agriculteurs) commencent d’ailleurs à se lasser de la servitude ; ceux de la Huasteca en particulier méritent un meilleur sort ; ils sont travailleurs et aiment leur sol. Leurs cultures, quoique restreintes, sont soignées, et l’art de l’irrigation est poussé fort loin parmi eux. Leur costume est primitif ; il se compose d’une tunique brune serrée à la ceinture, d’une culotte blanche et d’un chapeau de paille qu’ils tressent eux-mêmes. Les pieds nus ou chaussés de la sandale de cuir, ils parcourent facilement de grandes distances, comme les coureurs kabyles, souvent avec une lourde charge sur la tête. Ils se plaisent à tailler dans le bois et la pierre des saints dont les formes dures ont la raideur hiéroglyphique de leurs anciennes idoles. Le goût des fleurs est si vif chez eux qu’avec un simple couteau ils découpent des bouquets dans le premier morceau de bois tendre. Ils se servent artistement des plumes de ces grands oiseaux aux couleurs vives qui les visitent pendant l’hivernage. Rien de gracieux comme l’éventail fait avec les deux ailes rosées du flamant spatule. Sur leurs lagunes, on retrouve ces chinampas qui animaient jadis les lacs de Mexico, ces bateaux plats convertis en jardins flottans. La race féminine est belle, d’un sang riche. Les Indiennes portent aussi la tunique brune nouée à la taille et le rebozo jeté sur la tête comme la mantille. Leurs cheveux noirs