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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/749

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montagne, tel était l’effectif du petit corps de partisans dont l’audace allait défier un ennemi imposant par le nombre. La moitié de la contre-guérilla restait chargée de veiller à la défense de la ville, prête à déjouer les projets hostiles des habit ans, qui attendaient avec impatience l’amoindrissement de la garnison pour appeler le chef libéral Cortina.

A un quart de lieue au-dessous de Tampico, en face du fort Iturbide, le Panuco, grossi des eaux du Tamesis, a plus de 800 mètres de large. A ce point seul, les deux berges sont d’un abord facile. Le Tamaulipas est la province du Mexique le plus arrosée de vastes cours d’eau, mais les ponts y sont inconnus. Des embarcations réunies dans la nuit à cet endroit du Panuco se chargèrent de troupes. Ce fut un curieux spectacle que ce passage de rivière. Près de deux cents chevaux ou mulets, sans selle ni harnais, sont lancés dans le courant au milieu des cris des cavaliers qui les poussent par derrière. Ce troupeau en liberté traverse le fleuve à la nage ; les uns sont essoufflés, les autres lèvent la tête en hennissant. Les hommes, avec les selles, les canons et le matériel, emportés dans des canots, abordent à l’autre rive. A peine à terre, chacun de courir après sa monture. En une heure, le passage était terminé. On marcha sur la Huasteca.

Plusieurs exprès avaient déjà été expédiés au colonel LIorente, lui portant avis du départ des renforts qui devaient le dégager et lui permettre de poursuivre à son tour l’ennemi, pris entre deux feux. Tout faisait donc présumer que Carbajal, rapidement prévenu de la sortie de la contre-guérilla, lèverait aussitôt le siège de Temapache pour venir occuper la ville d’Ozuluama, placée à égale distance de Temapache et de Tampico. De cette ville, perchée sur une éminence qui offre une position des plus fortes à ses défenseurs, une poignée d’hommes peut barrer la route à une division tout entière, d’autant que, si de nombreuses citernes approvisionnées par les pluies offrent à l’assiégé une précieuse ressource, la plaine, dans un rayon de dix lieues, ne contient pas une goutte d’eau potable. En trois jours, la colonne française franchit une distance de vingt-cinq lieues à travers des sables brûlans et des marécages desséchés. Pendant la dernière nuit, les sons du tocsin d’Ozuluama, qui appelaient aux armes tous les contingens, arrivèrent jusqu’au bivouac. Carbajal de son côté approchait. Cependant avant midi la contre-guérilla, luttant de vitesse, occupa la ville, d’où la population s’enfuit à son approche. Seuls les malades et les blessés juaristes, évacués depuis le commencement du siège de Temapache, étaient couchés dans les maisons, qui furent respectées. Huit caisses de fusils et de munitions avaient été abandonnées par les fuyards. A la nuit tombante, un courrier de Cortina à Carbajal, croyant