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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/584

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Mais le général de l’empereur ayant entendu cette proposition d’infidélité sans s’y montrer contraire, le chancelier du duc de Milan s’assura encore mieux des intentions du pape, qui lui furent confirmées par le dataire Giberto. Il aborda ensuite nettement le marquis de Pescara. Il lui demanda sa parole de soldat et de chevalier de ne jamais révéler ni à l’empereur ni à personne ce qu’il allait lui dire et de garder le secret le plus absolu, quelque résolution qu’il prît. Pescara la donna sans hésiter. Morone lui dit alors qu’il avait à lui proposer les choses les plus importantes et à lui découvrir les projets du pape en sa faveur. Il l’instruisit en même temps de tout ce qui se tramait en Italie, dont les forces seraient mises sous son commandement, et où il recevrait du souverain pontife la couronne des Deux-Siciles.

Pescara déclara aussitôt que son honneur passait avant tout, qu’il ne l’exposerait pas pour tous les royaumes du monde, et qu’il aimerait mieux mourir de la mort la plus cruelle qu’y porter la moindre atteinte, — qu’il ne pensait pas pouvoir, sans y manquer, quitter l’empereur pour se donner à d’autres, surtout étant son vassal, son capitaine, et ayant dans le moment toute la charge de son armée. Il ajouta cependant qu’au cas où il pourrait garder son honneur, il ferait tout ce que désirait sa sainteté, pour montrer qu’il était quelque chose, se venger des injures qu’il avait reçues, obtenir les grâces du pape et devenir le capitaine-général des Italiens, estimant que rien ne saurait lui être plus agréable ni lui arriver en sa vie de plus heureux que de posséder un royaume dans sa patrie. Il finit en disant qu’il y penserait, et il demanda à Morone de chercher de son côté comment le marquis de Pescara pourrait, sans encourir de blâme envers Charles-Quint, accepter la proposition de Clément VII.

En attendant l’adhésion de Pescara, on n’omit rien pour compléter la grande ligue italienne et lui procurer les moyens d’agir avec ensemble et avec vigueur. Le dataire Giberto, au nom du pape, pressa les Vénitiens de la conclure après l’avoir approuvée. Il écrivait au nonce Ghinucci à Londres afin qu’il décidât Henri VIII et le cardinal Wolsey, auprès desquels se rendait dans le même dessein Gregorio Casale, à s’accorder promptement avec la France [1]. Les Suisses avaient été les soldats du pape Jules II et les protecteurs du duché de Milan contre Louis XII. De Rome, on espéra leur faire reprendre le même rôle contre Charles-Quint. Les cantons helvétiques avaient un grand intérêt à empêcher que l’empereur se rendît

  1. Lettre de Giberto à messer Hieronimo Ghinucci du 10 juillet. — Lettere di principit, Ier, f° 169 v°.