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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/578

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saurait plus être détaché [1]. Les conseillers impériaux et les négociateurs français débattirent les intérêts et maintinrent les vues des deux princes avec une ardeur et une opiniâtreté égales dans des conférences qui se prolongèrent en s’animant. D’aucun côté, on n’entendait céder. L’empereur réclamait avant tout la Bourgogne, sans la remise de laquelle il était décidé à ne rien conclure, et les ambassadeurs de la régente avaient pour instruction formelle de ne pas y renoncer. François Ier venait même de le leur défendre expressément. « Le moins que vous pourriez offrir de cela, leur avait-il écrit, serait trop pour mon vouloir [2]. » Les conférences, devenant plus agitées et restant tout à fait inutiles, se rompirent. Le président de Selve et l’archevêque d’Embrun en adressèrent la relation au roi prisonnier. En voyant les exigences aussi obstinées que rigoureuses du conseil de l’empereur, François Ier comprit que l’empereur, qui se refusait à une entrevue avec lui, voulait le réduire, en le retenant captif, à abandonner la Bourgogne. Il dicta alors une protestation contre cette violence morale et dit « qu’il aimait mieux tolérer longue prison que faire chose à lui honteuse et dommageable à son royaume [3]. » Toutefois, malgré cette noble résolution, prévoyant qu’une captivité prolongée et les nécessités de la France pourraient le contraindre à céder, il déclara d’avance nulle et sans valeur la cession de la Bourgogne faite sous cette contrainte, et annonça que, redevenu libre, il en poursuivrait le recouvrement avec toutes les forces de son royaume contre celui qui la lui aurait ainsi arrachée [4]. Il demeura un mois dans l’Alcazar de Madrid sans que l’empereur fît un pas vers lui, et sans que les ambassadeurs de France renouassent à Tolède la négociation qui ne devait être reprise qu’à l’arrivée de la duchesse d’Alençon.


VIII

Mais il se prenait alors en Angleterre des arrangemens et il se tramait en Italie des complots qui semblaient de nature à faire fléchir les volontés ambitieuses de Charles-Quint et à le rendre plus accommodant sur les conditions de la paix. La régente de France s’était appliquée à détacher de l’empereur le roi d’Angleterre, jaloux d’une grandeur qu’il ne partageait pas, et à préparer le soulèvement des états italiens contre la puissance de

  1. Procès-verbaux des conférences de Tolède dans Captivité de François Ier, p. 264 et suiv.
  2. Lettre de François Ier à l’archevêque d’Embrun, du 5 août, dans Captivité de François Ier, p. 294.
  3. Protestation du 16 août dans Captivité de François Ier, p. 302.
  4. Ibid., p. 302, 303. C’est ce qu’il avait annoncé en Italie au vice-roi de Naples, au marquis de Pescara, à Ant. de Leyva, à Alarcon et à l’abbé de Najera, p. 303.