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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/543

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également évident que l’Autriche ne pourrait essayer de troubler le statu quo italien sans encourir l’hostilité de la France et s’exposer aux plus funestes dangers. Le bon sens, la raison politique, l’état de l’Europe interdisant l’offensive à chacune de ces puissances, pourquoi se ruineraient-elles de gaîté de cœur à entretenir des excédans de troupes qui ne leur sont d’aucune utilité pratique et actuelle ? Les peuples, pas plus que les individus, ne. peuvent tout faire à la fois ; leurs tâches successives leur sont indiquées par la difficulté, le péril ou l’intérêt du moment. La difficulté aujourd’hui pour l’Italie, c’est la finance ; le péril, c’est la banqueroute ; l’intérêt, c’est le prompt rétablissement du crédit national. En ce moment, l’ennemi pour l’Italie, ce n’est pas l’Autrichien, le barbare, le Tedesco, c’est le déficit. C’est le déficit qu’il faut combattre ; or il n’y a qu’un moyen de le vaincre, c’est de renoncer à des dépenses inopportunes et inutiles.

Le travail de la reconstruction se poursuit rapidement aux États-Unis au milieu de la controverse des partis. D’abord l’abolition de l’esclavage, ce résultat moral de la guerre, est constitutionnellement accompli, un nombre suffisant d’états ayant adopté l’amendement qui affranchit les noirs. Voilà le grand fait qui domine l’ère nouvelle où sont entrés les États-Unis. Une autre œuvre grave et délicate, c’est le rétablissement des relations constitutionnelles entre l’Union et les anciens états rebelles. Un dissentiment profond s’est manifesté à cet égard entre le parti radical, qui ne voudrait rendre aux états rebelles leurs droits constitutionnels qu’après de certaines épreuves et en prenant contre eux certaines garanties, et le président Johnson, qui au contraire semble vouloir attacher l’honneur de son nom à la réintégration la plus prompte possible des états séparés au sein de l’Union. C’est ainsi que dans le congrès le parti radical s’oppose à l’admission des sénateurs et des représentans des états du sud, et que le président, de son côté, se hâte de retirer les gouverneurs provisoires et de rendre l’autonomie aux états qui ont voté l’amendement constitutionnel relatif à l’esclavage. Nous ne pensons point cependant que cette dissidence soit poussée jusqu’à un conflit entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Une transaction semble indiquée par la nature des choses. Le président agit généreusement envers le sud et utilement pour le nord quand il presse le rétablissement de l’autonomie des états. Ces états ne peuvent pas se relever sans le concours des capitaux et des immigrans du nord ; or jamais les Américains du nord ne porteront le concours de leurs capitaux et de leurs bras à des états qui ne jouiraient point de la plénitude des libertés américaines, qui seraient gouvernés militairement et administrés comme des territoires. Il est donc sage de rétablir le plus tôt possible les autonomies, comme le fait dans l’exercice de son droit le pouvoir exécutif ; mais sur la question de la représentation il est juste aussi que le congrès stipule des garanties. La représentation des états esclavagistes était fondée sur une base inique ; le nombre des représentans était proportionné à la population en y comprenant les trois quarts des esclaves. C’est ainsi que