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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/542

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Revenons aux affaires présentes : il y avait quelque temps qu’on ne parlait plus de M. de Bismark ; l’ouverture des chambres prussiennes arrive à propos pour faire rentrer dans la circulation ce nom retentissant. Au surplus, la Prusse paraît ne point digérer aisément le Slesvig. Il y a décidément dans le Slesvig des Danois, de vrais Danois, sur lesquels la Prusse ne paraît point exercer une suffisante puissance d’assimilation. L’œuvre de la convention de Gastein n’avance guère : le provisoire n’est pas seulement dans la lettre du traité, il est dans la nature même des choses. Si la diplomatie a du loisir cet hiver, elle pourra donc causer de temps en temps des duchés.

L’Autriche marche lentement, elle aussi, dans ces grandes transactions de nationalités et de constitution qu’elle a entreprises ; mais ici la lenteur résulté nécessairement de la complexité des intérêts qu’on veut concilier et de l’observation des procédures dans lesquelles les diverses autonomies voient la garantie de leurs droits. Les sentimens de la Hongrie continuent à être favorables. Le cabinet de Vienne a montré un tact habile et un juste sentiment de l’à-propos en concluant dans les circonstances actuelles son traité de commerce avec l’Angleterre, lequel, nous n’en doutons point, ne tardera pas à être suivi d’un arrangement analogue avec la France. Cette intelligente politique commerciale est surtout favorable aux intérêts de la Hongrie, pays essentiellement agricole, qui voit ainsi ouvrir à ses produits des débouchés importans sur les deux plus grands marchés de l’Europe. Ce n’est donc pas seulement par le mouvement politique, c’est dans la sphère des intérêts économiques que la Hongrie va commencer une vie nouvelle.

En Italie, les longues vacances du parlement auront été, croyons-nous, utilement employées par le nouveau ministre des finances. M. Scialoja et ses collègues renoncent au projet d’impôt sur la mouture, qui rencontre une improbation universelle dans le pays et le parlement ; il se propose de recourir à d’autres taxes, mais c’est surtout à la réduction des dépenses qu’il demandera l’équilibre financier. Le cabinet paraît être d’accord sur un système de retranchemens radicaux à opérer dans les budgets de la guerre et de la marine. Ces budgets réunis seraient, dit-on, ramenés au chiffre de 200 millions. Il en résulterait que l’effectif de l’armée italienne ne dépasserait guère celui de l’armée piémontaise avant l’annexion. Si le cabinet de Florence a réellement adopté cette résolution, on ne saurait trop vivement l’en féliciter. Rien de plus politique et par conséquent de plus patriotique en réalité qu’une telle réduction des dépenses militaires. Le peuple italien le comprendra facilement. Une grande armée, et toute armée est trop grande quand elle absorbe une part trop considérable des ressources du pays, une grande armée ne peut être supportée que si l’on peut en faire l’emploi immédiat pour un dessein politique déterminé. L’Italie n’a aujourd’hui besoin d’une grande armée ni au point de vue offensif ni au point de vue défensif. Il est clair en effet que l’Italie ne peut songer à conquérir en ce moment par les armes la Vénétie sur l’Autriche ; il est