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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/533

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.



14 janvier 1866.

Tandis que les têtes chenues de la politique s’apprêtent à peu près partout dans notre monde européen à reprendre le collier de travail, tandis que les orateurs officiels aux quatre points cardinaux se disposent à rentrer dans l’ornière des affaires, tandis qu’on pense en France aux charges de l’entreprise du Mexique, en Angleterre à la réforme parlementaire, en Italie à la confection d’un budget économique, en Autriche a la nécessité de concilier l’unité de gouvernement avec la variété des langues et des races, tandis que dans notre hémisphère le génie de l’absolutisme devient visiblement vieux, stérile et morose, — et que par contre une sève généreuse et libérale gonfle sensiblement la veine de la jeune génération survenante l’Espagne s’est chargée du lever du rideau et nous distrait depuis une dizaine de jours par une saynète de sa façon. L’Espagne nous donne le spectacle d’une petite Insurrection militaire, d’un petit pronunciamiento et d’un grand émoi gouvernemental. L’échauffourée du général Prim et les grandes marches des héroïques généraux qu’on a mis à ses trousses ont déridé les fronts les plus soucieux et ont répandu dans le parterre un courant de belle humeur.

Au risque de passer pour frivoles, nous ferons un aveu : les accès d’indiscipline militaire et les pronunciamientos font partie à nos yeux du romantisme de la politique espagnole. L’Espagne nous ennuie quand elle s’abandonne aux solennités monotones de la fausse éloquence parlementaire, quand elle s’engourdit sous les discours pompeux et empanachés de ses prétendus hommes d’état, si nombreux, affublés de tant de titres sonores, constellés de décorations si magnifiques, qui parlent tous si bien et agissent si mal ou si peu. Elle devient amusante au contraire, comme en un jour de corrida, quand l’impatience la prend, et lorsque ses ambitieux ou ses patriotes, agiles comme des banderilleros, fiers comme des matadores, s’élancent à la chasse du pouvoir. C’est sans doute un travers de jeunesse, mais l’Espagne que nous aimons est l’Espagne romantique, l’Es-