Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/529

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


fondamentale ; on ne fait que tourner sur soi-même et revenir au point d’où l’on est parti. En poursuivant une recherche semblable sur tous les problèmes de la philosophie, on voit combien la conciliation des systèmes est une œuvre difficile ; en réalité, cette conciliation ne consiste presque toujours qu’à juxtaposer des principes, à peu près comme en politique on fait des ministères de transaction en réunissant les hommes les plus voisins des partis contraires. Autre chose cependant est la théorie, autre chose est la pratique. La pratique vit de transactions ; mais il ne peut y avoir de transaction dans le domaine de la vérité. En politique, on fait comme on peut ; en philosophie, on ne devrait concilier qu’en expliquant, c’est-à-dire en liant les vérités l’une à l’autre par des degrés intermédiaires.

Quelques esprits ont clairement aperçu ces difficultés, et ils ont dit que l’éclectisme est un degré nécessaire de la philosophie, mais que ce n’est pas encore la vraie philosophie elle-même. La vraie philosophie consisterait, non pas à ajouter bout à bout les principes des divers systèmes, mais à les lier ensemble à l’aide d’un principe nouveau ; à l’éclectisme, en un mot, on propose de substituer la synthèse. De cette manière, on pourrait concilier le respect du passé avec les besoins de l’avenir, tenir compte de ce qui a précédé sans s’y asservir, ne pas sacrifier la philosophie à son histoire, et tout en absorbant les systèmes passés créer cependant des systèmes nouveaux.

Rien de plus juste, je dirai même rien de plus évident qu’une telle opinion, et ceux qui la proposent se tromperaient fort, s’ils croyaient qu’on veut la leur contester. Sans aucun doute, il serait très avantageux de découvrir quelque principe nouveau qui nous permît de lier et d’enchaîner tous les principes antérieurs, il serait très désirable que quelqu’un nous fît cette surprise ; mais là même est la difficulté. Rien de plus facile que de dire : « Il nous faut un principe nouveau, ayons des idées nouvelles, découvrons quelque chose ; » pourtant, si cela est facile à dire, cela est très difficile à faire, et la plupart du temps on se contente de le dire.

Sans doute nous ne devons pas oublier que notre siècle a vu un grand système dont l’ambition a été précisément de réconcilier et d’absorber tous les systèmes passés dans une synthèse supérieure : c’est l’idéalisme hégélien. Toutefois, sans aborder ni même effleurer ici l’examen de ce système, contentons-nous de faire remarquer qu’il n’est encore lui-même, comme tous ceux qui l’ont précédé, qu’un point de vue pris dans la nature des choses, et ce point de vue, si large qu’on veuille le supposer, n’est encore aussi qu’un côté de la réalité, qu’un éclectisme supérieur doit corriger et compenser