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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/462

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chine à vapeur automobile fait marcher avec une vitesse modérée, tantôt en avant, tantôt en arrière ; mais cette machine, lente et pesante par destination, donne au spectateur assez mauvaise idée des qualités de vitesse et d’évolution qu’une locomobile peut avoir. Ailleurs on a fait mieux. On a lancé sur les routes des voitures à voyageurs mues par une machine à vapeur qui peut acquérir une vitesse assez notable, tourner presque sur elle-même, gravir sans obstacle les rampes habituelles de nos voies de communication. L’essai jusqu’à ce jour s’en est fait sur une échelle bien restreinte. Aussi qui peut dire ce qu’il y a d’avenir dans l’application pratique de cette idée ? En présence d’une innovation de ce genre et des conséquences qu’elle aurait en cas de réussite, serait-il sage qu’un département ou une association s’imposât prématurément la lourde charge d’une voie ferrée pour desservir un parcours que le trafic local seul alimentera, et qui n’a ni les besoins ni les exigences d’une ligne importante de communications ?

Ce qui paraît à peu près certain, c’est que la machine à vapeur, locomotive ou locomobile, pénétrera dans les campagnes tôt ou tard ; elle s’arrêtera à la porte des châteaux, desservira les fermes isolées, conduira les paysans au marché. Quand on la connaîtra bien, on s’effraiera moins de ses sifflemens que du hennissement des chevaux, et l’on trouvera que les robinets de vapeur sont plus faciles à manœuvrer que les rênes d’une carriole. Les bestiaux eux-mêmes s’habitueront à ces engins bruyans et ne se sauveront plus à leur approche. Les générations qui viendront après nous s’égaieront de nos terreurs puériles en présence de la machine à vapeur et de notre maladresse à la laisser quelquefois éclater. L’accoutumance, a dit le fabuliste, nous rend tout familier. Sans s’abandonner trop longtemps à de vagues suppositions que l’avenir ne manquerait pas de déjouer en quelque point, on peut affirmer que la science ne commande pas à la vapeur de ne paraître que sur les grandes voies de communication terrestres ou maritimes. Il n’y a pas de limite au-delà de laquelle la vapeur doive cesser d’agir ; au contraire il est encourageant de remarquer que les forces mécaniques et artificielles s’adaptent à des usages de plus en plus modestes, et que le champ de leurs applications pratiques s’agrandit chaque jour.

H. Blerzy.