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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/459

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les entreprendre. D’autres, plus timides, se sont contentés de témoigner leur sympathie en faveur de tels projets, ou ont ajourné leur décision afin de s’éclairer par des études approfondies sur les dépenses que l’exécution d’un réseau départemental entraînerait et sur le degré d’utilité qu’il présenterait. Enfin un certain nombre, les mieux dotés peut-être en chemins de fer et les plus habitués sans doute à ce que le budget de l’état pourvoie à leurs besoins, ont refusé d’engager les ressources de la vicinalité ordinaire dans des entreprises dont ils contestaient l’à-propos. En somme cependant la conclusion a été ; que les railways départementaux méritent des études sérieuses, bien qu’il soit difficile dans la plupart des départemens de leur assigner dès à présent une dotation suffisante.

Lorsque le premier engouement sera calmé et que les conseils-généraux auront médité d’une façon suffisante sur le grave sujet qui est abandonné à leur initiative, les chemins de fer vicinaux— e multiplieront-ils avec rapidité ? On peut prévoir déjà que les travaux ne pourront être bien étendus ni poussés avec beaucoup d’activité. L’état, qui promet de prendre part, dans la proportion du tiers en moyenne, à la dépense que les concessionnaires des nouvelles lignes laissent à la charge des budgets locaux, l’état ne consacrera que 6 millions par an à cet ordre de travaux. Son concours n’est pas indispensable, mais on n’y renoncera point volontiers. La part de chaque département serait donc faible, si beaucoup d’entre eux manifestaient le désir de puiser à cette source. La difficulté de créer des ressources nouvelles ou d’affecter là ces projets une partie de la dotation habituelle des chemins vicinaux arrêtera bon nombre d’autres départemens. Le plus souvent on n’a pu achever le réseau des chemins vicinaux de grande communication qu’à la condition de laisser d’abord dépérir celles de ces voies qui ont été établies les premières, et l’entretien normal de ces routes si utiles absorbera presque en entier les centimes additionnels consacrés à l’établissement, ou bien ce qui en restera disponible sera considéré comme le plus légitimement attribué à l’interminable réseau des chemins vicinaux ordinaires. Au fond, les chemins de fer vicinaux n’auront jamais à un degré comparable le double caractère d’utilité générale et locale qui a valu à la petite vicinalité le concours de tous les budgets publics. Le département qui entreprend des voies ferrées ne peut guère échapper à ce dilemme : ou bien classer tout de suite un réseau de chemins de fer si étendu qu’on ne peut entrevoir l’époque à laquelle il sera terminé, ou bien entreprendre seulement deux ou trois embranchemens très courts qui ne desservent que deux ou trois cantons et n’ont aucun intérêt pour le reste du département. Dans le premier cas, il est impossible de tout faire,