Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/44

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


écoute les réponses. Il n’y a peut-être pas de question qui ait été plus souvent examinée et débattue que celle de l’exploitation des chemins de fer. Indépendamment des discussions législatives et de la surveillance exercée par les fonctionnaires de l’état, il y a eu, on peut le dire, enquêtes sur enquêtes. Tout a été observé, analysé dans les moindres détails. Qu’est-il arrivé ? C’est que le gouvernement, tuteur naturel de l’intérêt public, n’a pu s’empêcher de rendre justice à la gestion des compagnies quant à l’opération des transports, et qu’il s’est placé ouvertement en travers des attaques dirigées contre elles. Et enfin comment penserait-on obtenir plus de garanties pour la direction de ces grandes entreprises ? La plupart des services d’exploitation sont confiés à des ingénieurs dont le mérite est universellement reconnu. De plus, par une heureuse fortune, les conseils d’administration ont pu recueillir dans leur sein, à la suite de nos révolutions politiques, des hommes éminens qui, après avoir occupé le premier rang dans l’état, sont venus leur apporter le plus utile concours. Nous voyons également figurer dans ces conseils des noms d’une illustration politique plus récente. S’imagine-t-on que ces ingénieurs, ces anciens ministres, conseillers d’état, magistrats, qui, pendant la plus grande partie de leur carrière, ont été habitués à traiter les questions de haut, sous l’inspiration et à la seule lumière de l’intérêt public, ont tout d’un coup changé leurs habitudes de travail, et qu’ils sont arrivés là, comme s’ils se fussent assis à un comptoir, pour vendre du transport au plus haut prix ? Non, ils ont vu dans les chemins de fer une grande œuvre nationale à laquelle ils pouvaient dignement s’employer ; ils savent, par leur ancienne expérience, que les intérêts des actionnaires dans les entreprises de cette nature sont d’autant mieux sauvegardés qu’il est donné une satisfaction plus grande à l’intérêt général ; leur responsabilité devant le gouvernement et à l’égard du capital qu’ils représentent s’accorde avec leur propre dignité pour les maintenir dans les erremens d’une administration libérale et soucieuse de la prospérité publique. De cette façon, ils continuent à servir le pays, ce qui est, disons-le incidemment, l’irrésistible penchant de tous ceux qui, à un degré quelconque, ont eu l’honneur d’exercer des fonctions politiques ou administratives. Voilà les garanties que les compagnies peuvent invoquer pour la défense de leur gestion, garanties personnelles et morales qui commandent la confiance. N’ayons donc pas d’inquiétude sur l’exploitation des chemins de fer. Elle est en de bonnes mains, et elle assure au pays tous les bénéfices qu’il doit en attendre.


C. LAVOLLEE.