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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/438

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promoteurs volontaires de l’expédition. Les Allemands savent que le Spitzberg est plus voisin des côtes de la Baltique que de celles d’Angleterre. Hambourg et Brème se rappellent que leurs baleiniers rivalisaient avec ceux des grandes nations maritimes, — la Prusse aspire à prendre rang parmi elles, et l’année prochaine nous apprendrons qu’un navire à hélice est parti de Hambourg, se dirigeant vers les côtes orientales du Spitzberg.

La Suède n’a pas eu besoin de suivre un mouvement dont elle a eu l’initiative depuis longtemps. Plusieurs de ses savans ont pris part à la première campagne de la Recherche au Spitzberg en 1838, et en 1861 une véritable expédition scientifique, dont nous avons déjà parlé, s’est rendue dans le nord du Spitzberg, qu’elle à décrit et étudié sous tous les points de vue : elle se propose d’y retourner afin de mesurer un arc du méridien terrestre sur l’archipel des Sept-Iles, mesure réclamée par l’astronomie et la géographie pour déterminer exactement la figure de la terre. Le gouvernement suédois trouvera dans son faible budget les ressources que nécessitera une opération que des savans français, Maupertuis et Outhier, ont eu l’honneur d’exécuter les premiers dans les hautes latitudes, sur les bords du fleuve Torneo. La France ne saurait s’abstenir et ne pas entrer dans la lice ouverte aux marines du nord de l’Europe. Il s’agit d’un noble but, d’une conquête aussi glorieuse que celles de la guerre. Le pavillon qui flottera le premier sur le pôle nord sera salué par les acclamations du monde entier. Pourquoi ce drapeau ne serait-il pas celui de la France ? Marine puissante, finances prospères, officiers instruits, patiens et énergiques, que lui manque-t-il ? Où serait l’excuse de cette abstention ? L’élite intellectuelle de la nation apprendrait avec une fierté légitime qu’une expédition française sera mise au service de la science, et nous verrions surgir dans notre marine les émules de Bellot et de Blosseville, les successeurs de Lapeyrouse, de Baudin, de Freycinet, de Duperrey, de d’Urville, comme l’Angleterre a vu surgir pendant les dernières campagnes arctiques ceux de Hudson, de Baffin, de Cook, de Franklin, dès deux Ross et de Parry. La marine, a toujours, été l’auxiliaire indispensable et l’alliée fidèle des sciences dont l’ensemble constitue la géographie et l’histoire naturelle de la terre et des mers. Fortifier cette alliance, n’est-ce pas travailler à la fois aux progrès de l’art nautique et à l’avancement de la physique du globe ? C’est à ceux qui ont en main l’avenir de notre marine de sauvegarder sa force et son honneur en présence des puissances rivales de l’Angleterre et de la Russie, et de faire à la science une petite part dans les prodigalités que les menaces de la guerre imposent annuellement aux budgets européens.


CHARLES MARTINS.