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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/435

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d’une mer libre au-delà de la barrière de glaces qui à jusqu’à ce jour arrêté les navigateurs, comme elle avait arrêté Cook, Bellingshausen, d’Urville et Wilkes dans leurs tentatives pour s’approcher du pôle sud.

Écoutons maintenant les partisans de l’expédition par le détroit de Smith, et dont la réflexion a mûri les convictions au lieu de les détruire. A leur tête est resté l’amiral Mac Clintock, le plus autorisé des explorateurs modernes de l’Océan-Glacial, celui qui a séjourné cinq hivers et sept étés dans l’Amérique boréale et retrouvé finalement les traces de Franklin. Son opinion est toujours que c’est par le détroit de Smith qu’on a le plus de chances d’atteindre le pôle.

L’amiral Collinson, qui prend la parole après lui, commandait l’Enterprize dans l’expédition arctique. Pendant trois ans, il essaya, sans y réussir, de forcer les glaces dans le passage du nord-ouest en partant du détroit de Behring, et Mac Clure lui-même dut abandonner son bâtiment, de façon que, même à l’heure qu’il est, jamais navire n’a passé de l’Océan-Pacifique dans l’Océan-Atlantique par les détroits de Behring et de Lancaster. L’amiral ne pense pas que la descente incessante des glaces polaires du nord vers le sud puisse être une preuve que la mer est ouverte au nord pendant une saison quelconque de l’année. Le Terror, l’Advance, le Rescue, le Fox, abandonnés dans les glaces, ont dérivé avec elles et ont été retrouvés plus au sud. Cependant la mer n’était pas libre entre le pôle et les navires entraînés par la glace. La comparaison faite par M. Petermann entre les deux pôles lui paraît comme à plusieurs de ses collègues complètement inexacte. De ce qu’il y a une mer libre au-delà d’une barrière de glaces au pôle antarctique, il n’en résulte nullement qu’il en soit de même du pôle arctique. Configuration des continens, vents, courans, climat, tout est différent aux deux pôles, et comme Parry il pense également que le pôle boréal ne peut être atteint que s’il est entouré de terres sur lesquelles la banquise s’appuie solidement. Il se déclare donc en faveur du projet de M. Osborn, qui lui semble réunir de plus grandes probabilités de succès, puisque avec des traîneaux on est sûr d’arriver au but, si la terre se prolonge assez loin.

Un géologue, M. Marckham, présente à la société un relevé des navires arrêtés dans la baie de Melville, et il trouve que sur trente-huit expéditions cinq n’ont pas été entravées par les glaces à cette latitude, et les autres ne l’ont été que pendant quelques jours : huit seulement ont dû perdre un mois ou plus avant de passer outre. On ne saurait donc invoquer cet obstacle comme une objection contre la tentative par le Groenland. M. Lamont prend alors la parole : c’est un sportsman comme on n’en trouve qu’en Angleterre ;