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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/422

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1664. La côte nord de la Nouvelle-Zemble était libre de glaces, mais couverte de bois flotté ; il se trouvait par 82° 10’, ne rencontrant que çà et là un glaçon égaré. Le temps fut en général brumeux et humide. Witsen [1] prétend savoir avec certitude qu’un baleinier hollandais avait atteint sous les mêmes méridiens le 85e degré : il aperçut des îles peuplées d’oiseaux, prit terre, et du haut d’une colline vit qu’il aurait pu naviguer encore trois jours dans la direction du nord. M. Jansen fait encore le calcul suivant : il est de fait que des champs de glace flottans, longs de 40 milles marins, s’avancent vers le sud avec une vitesse de deux degrés de latitude en 18 jours. Ces champs de glace sous le 79e degré de latitude parcourent donc en cinq fois 18 jours un espacé de 10 degrés latitudinaux, exactement la distancé du 80e degré au 90e c’est-à-dire au pôle.

En définitive, pour savoir si l’on peut atteindre le pôle boréal par le méridien de la Nouvelle-Zemble ou par celui du Spitzberg, il faut l’essayer, et on ne l’a pas fait. Des insuccès antérieurs ne sont point une raison pour s’abstenir. Voici quelles sont à cet égard les leçons de l’expérience : Cook essaya de s’approcher du pôle sud en 1773 et 1774, précisément à la même époque où Phipps s’efforçait d’atteindre le pôle nord ; il trouva les premières glaces flottantes au sud de la Nouvelle-Zélande par 62° 10’. Vers le 67e, il se heurta contre la banquise, et ne put jamais dépasser 71° 10’. « Je crois, dit-il, avec mes officiers, que la glace s’étend jusqu’au pôle, ou bien s’appuie, depuis l’origine des siècles, sur une côte inconnue. Les dangers que l’on courrait en voulant explorer ces mers terribles sont tels que personne, je pense, n’osera jamais s’aventurer plus loin, et que les terres situées au sud du 71e parallèle resteront éternellement vierges. » Qui ne se serait rendu à l’autorité d’un pareil navigateur ? Aussi cette assertion a-t-elle paralysé pendant longtemps l’ardeur des marins de toutes les nations. Cependant en 1820 le capitaine russe Bellingshausen s’avance sans obstacle jusqu’au 70° degré. En 1823, l’Anglais Weddel atteint le 74e parallèle, et James Ross trouve une mer libre qui lui permet de pénétrer en 1842 jusqu’à 78° 10’, après avoir traversé la barrière de glace que Cook croyait infranchissable. Les premiers navigateurs n’avaient aperçu que quelques îles, et personne ne doutait que le pôle sud ne fût entouré d’eau, lorsque Balleny, d’Urville et James Ross découvrirent successivement les terres de Sabrina, d’Adélie et de Victoria, qui semblent faire partie d’un même continent. Sans vouloir comparer les deux pôles, qui présentent entre eux des différences

  1. On North-east Europa and Asia, 1705.