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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/416

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latitude de 82° 17’ ; la température de l’air était à 2°,2, et on vit une espèce de goéland découverte par Ross à Arlagnuk dans l’Amérique boréale, et que Richardson avait appelée Larus Rossii. Debout sur un monticule dans un court intervalle où le ciel resta clair, Parry ne voyait rien au nord que ces amas de glaces brisées et si difficiles à traverser. Il commençait à craindre de ne jamais rencontrer cette banquise continue et unie de laquelle dépendait le succès de son expédition. Cependant il ne désespérait pas encore. Le 14, après un travail de onze heures, on avait seulement gagné 3 milles (5,550 mètres). Un ours blanc fut blessé, mais il s’échappa au vif désappointement de tous, car les provisions commençaient à s’épuiser. Une pluie abondante et non interrompue, telle que Parry n’en avait jamais vu dans les régions arctiques, tomba pendant vingt et une heures consécutives. Le 17, le temps se mit au beau, et le thermomètre s’éleva à 4°,4 à l’ombre et 10°,0 au soleil ; ce sont les plus hautes températures observées pendant le voyage. La glace était tellement morcelée que tous les 30 ou 40 mètres les chaloupés étaient placées en guise de pont pour passer d’un glaçon sur l’autre. La hauteur du soleil, prise à minuit, donna une latitude de 82° 32’. L’équipage commençait à se fatiguer, et la chair d’un petit phoque, dont la vue et l’odeur eussent été repoussantes en d’autres circonstances, fut trouvée délicieuse. Malgré les voiles verts et les besicles à verres violets, les yeux de plusieurs officiers et matelots étaient affectés par l’éclat de la réverbération de rayons du soleil réfléchis par la neige.

S’avançant toujours vers le nord en dépit de tous ces obstacles, Parry reconnut avec désespoir, en prenant la hauteur du soleil le 20 juillet à midi, qu’il ne se trouvait que par 82° 37’ de latitude, c’est-à-dire à 5 milles ou 9 kilomètres seulement plus au nord que le 17, tandis qu’il avait certainement marché de 12 milles (22 kilom.) au moins vers le nord. Cachant ce résultat désespérant à l’équipage, il continua néanmoins. La glace était toujours morcelée, et les fragmens si minces qu’ils n’auraient pas pu supporter le poids des chaloupes avec les provisions qu’elles contenaient ; un de ces blocs se brisa même, et les canots faillirent s’enfoncer sous la glace. Parry calcula, après avoir pris la hauteur du soleil à midi, qu’il ne se trouvait qu’à 2 milles 1/4 au nord de la station de la veille, tandis qu’il aurait dû en être à 4 milles 1/2. On tua un second phoque, dont la viande fut mangée, et l’huile employée à cuire la soupe. La glace ne devenait pas plus praticable, Parry souffrait cruellement d’une inflammation des yeux, Ross avait reçu une forte contusion en aidant à haler le bateau. Le 24 juillet, la latitude était de 82° 40’, la longitude, 17 degrés, est de Paris. Les officiers constatèrent avec