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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/41

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chiffre du contingent annuel n’a pas été diminué. Il serait également permis de supposer, que l’existence des chemins de fer, en modifiant les distances et en déplaçant les étapes de passage comme les centres d’activité, pourrait amener le remaniement de plusieurs circonscriptions politiques et administratives, la suppression de sous-préfectures, de tribunaux, de services locaux, qui n’ont plus de raison d’être et dont l’entretien est inutilement coûteux. Ce travail ne s’est pas fait, et aucun symptôme n’indique qu’on y songe. Il est vrai qu’il soulève les questions les plus délicates, qu’il exige de grands ménagemens, et qu’il est de nature à mettre en émoi tous les clochers du pays le jour où il s’agira de l’entreprendre. Il faudra bien cependant qu’on s’y décide, car le tracé des chemins de fer a changé la carte de la France, et il est logique qu’une organisation nouvelle soit appropriée à des besoins et à des intérêts qui diffèrent très sensiblement des conditions de l’ancien régime. Quoi qu’il en soit, les voies ferrées peuvent, sous ce rapport, procurer à l’état une économie réelle ainsi qu’un meilleur agencement du mécanisme administratif.

On s’est demandé si l’extension des chemins de fer sera favorable à l’action du pouvoir ou au principe de liberté. Les chemins de fer constituent un grand instrument de gouvernement, et cet instrument, placé entre les mains des compagnies, se trouve de fait à la disposition presque entière du pouvoir. Si le raisonnement s’arrêtait à ce point, le pouvoir aurait à sa disposition une arme nouvelle et une arme très puissante dont pourraient s’effrayer les amis de la liberté ; mais il convient d’aller plus avant. L’antagonisme qui se produit trop souvent entre l’autorité et la liberté n’est point un antagonisme fondamental ni nécessaire. Lorsque malheureusement il existe, on doit l’attribuer soit à ce que le pouvoir, servi par de mauvais agens, trompé par de faux rapports, gouverne et administre mal, soit à ce que la liberté, mal éclairée sur les intentions du pouvoir, égarée par de fausses impressions, proteste et s’insurge. La guerre qui se déclare alors par suite d’erreurs et de torts réciproques n’est le plus souvent que l’effet d’un malentendu qu’ont envenimé les circonstances et les passions des hommes, et qui aboutit un jour ou l’autre à la tyrannie ou à la révolution. Si donc on fournit au pouvoir un moyen de mieux surveiller ses agens, de connaître plus directement les vœux et les doléances de la nation, d’observer avec plus de sûreté le véritable courant de l’opinion publique, si en même temps on donne à la liberté un moyen de contrôler et d’apprécier plus exactement les intentions et les actes du pouvoir, il semble que l’antagonisme risquera moins de se produire et que la réconciliation sera plus prompte. Les chemins