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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/407

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principale, découpées par des fiords profonds et ramifiés, sont baignées par les eaux du gulfstream, courant d’eau chaude qui, sortant du golfe du Mexique, longe les côtes occidentales de l’Irlande et les côtés orientales de l’Islande, embrasse les Shetland et les Féroé, gagne là Norvège, atteint la Laponie et va se perdre dans la Mer-Blanche, en contournant le Cap-Nord. Ce fleuve d’eau tiède adoucit les hivers de toute l’Europe occidentale, depuis le nord de l’Espagne jusqu’au Spitzberg. Grâce à lui, les glaces flottantes versées dans l’Océan-Arctique par les glaciers du Spitzberg et du Groenland fondent avant d’avoir atteint le sud de l’Islande vers le 63e degré de latitude, tandis que les légions de glaces flottantes qui débouchent des baies d’Hudson et de Baffin par le détroit de Davis descendent dans l’Océan-Atlantique jusqu’au 40e degré, c’est-à-dire à la latitude de Boston et de Madrid.

Toutes ces circonstances réunies avaient appelé dès l’origine de la grande navigation les navires hollandais et anglais dans la Mer-Glaciale. Avec des vents favorables, on pouvait, en moins d’un mois, se rendre des ports de l’Angleterre ou de la Hollande à l’extrémité méridionale du Spitzberg. Un intérêt commercial y attira bientôt des navires de toutes les nations maritimes de l’Europe : c’est la pêche de la baleine. Dans l’origine, ce monstrueux cétacé fréquentait les parages de toute l’Europe, et du Xe au XIIIe siècle les pêcheurs basques, bretons, normands, flamands, norvégiens, le poursuivaient sur leurs côtes respectives. Les baleines, chassées sans relâche, devinrent plus rares et se retirèrent vers le nord. les Basques les suivirent, et au XVIe siècle ils s’aventuraient déjà sur les côtes d’Islande, du Groenland et de Terre-Neuve. Les Islandais, voyant une nouvelle industrie naître pour ainsi dire autour de leur île, se joignirent aux Basques, et vers la fin du XVIe siècle cinquante où soixante navires des deux nations se livraient dans les parages de l’Islande à la pêche de la baleine. Les Anglais entrèrent en lice vers 1594. En 1607, Hudson retrouve le Spitzberg, découvert onze ans auparavant par les Hollandais, et s’élève dans le nord jusqu’à 80° 23’. Jonas Poole, envoyé en 1610 par la compagnie formée pour la découverte de nouvelles contrées, ne dépasse pas 79° 1/2, mais il est frappé du grand nombre de baleines qui fréquentent ces côtes, et provoque l’envoi de deux navires anglais portant six harponneurs basques. La campagne fut assez malheureuse ; cependant dès l’année suivante il y avait cinq navires baleiniers dans ces eaux : deux anglais, deux hollandais et un basque. Les Anglais chassèrent les Hollandais, prétendant qu’eux seuls avaient le droit de pêcher dans ces parages. En 1613, la compagnie moscovite anglaise obtint une charte royale qui confirmait ce prétendu droit, et elle équipa sept navires armés en guerre qui poursuivirent tous les bâtimens français