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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/39

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l’enchérissement général, et si les chemins de fer y ont contribué, cette influence doit leur être comptée parmi les plus grands services qu’ils aient rendus à notre génération.

Quant à la dépopulation des campagnes (nous nous servons du terme consacré), il est vraiment bien difficile d’y trouver un motif de critique contre les chemins de fer. Ici encore on perd de vue les avantages sans nombre que les voies ferrées procurent à la propriété rurale, et on se laisse effrayer par un inconvénient qui, selon toute apparence, ne sera que passager, qui se corrigera de lui-même, soit parce que le trop-plein des villes ramènera les citadins aux champs, soit parce que les procédés industriels, s’emparant à leur tour de certaines portions du travail rural, rendront moins sensible l’effet de la diminution des bras. Est-ce qu’en Angleterre, où les chemins de fer couvrent toutes les régions du territoire, où l’on compte un grand nombre de cités manufacturières très populeuses, les campagnes ont longtemps souffert de ce déplacement de travailleurs ? Au surplus, il nous paraît tout à fait étrange que l’on fasse un crime aux chemins de fer de donner aux habitans des campagnes les moyens de se transporter où ils le jugent convenable pour leurs intérêts. Nous ne sommes plus au temps où des serfs étaient attachés à la glèbe. Laissons donc là les regrets féodaux, et proclamons au contraire qu’en ouvrant à tous la faculté de circulation, qui était précédemment le privilège d’un petit nombre, les chemins de fer remplissent une fonction très utile dont la société tout entière doit leur être reconnaissante.

Si nous voulions examiner dans ses détails multiples l’influence que les chemins de fer exercent sur les intérêts matériels, il serait aisé de prouver qu’ils réagissent sur tous les rouages du mécanisme administratif en leur donnant une impulsion qui augmente singulièrement leur puissance. Mentionnons seulement les services de la poste et du télégraphe, qui sont si intimement liés à l’existence des voies ferrées. En même temps, que de formalités inutiles et vexatoires, à commencer par les passe-ports, la locomotive n’a-t-elle pas supprimées ! Elle a déjà brisé, ou peu s’en faut, les lourdes chaînes que la douane tendait à l’entour de nos frontières ; à l’intérieur, nous la verrons quelque jour heurter l’octroi et se frayer une route libre et affranchie à travers les barrières du fisc, comme elle a percé les remparts épais des places fortes. Dès qu’elle siffle, elle veut que tout s’écarte devant elle ; plus de retardemens, plus d’obstacle qui ne soit vaincu ! Elle déraillera peut-être au choc d’un caillou que le hasard ou la main d’un enfant aura placé sous sa roue de fer ; mais qu’elle se lance contre les plus solides redoutes où se retranchent encore les institutions parasites d’un autre âge avec leur