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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/34

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procurer à la France son réseau de voies ferrées, mais encore qu’il a réalisé des améliorations considérables que les autres nations nous envient. Que l’on mette en regard le service rendu et le prix payé, tout esprit impartial reconnaîtra que les chemins de fer français sont exploités dans des conditions de régularité, de sécurité et d’économie qui n’existent pas ailleurs au même degré. Le public serait-il mieux servi, si l’exploitation était remise aux mains de l’état ? La question n’offre aujourd’hui qu’un intérêt spéculatif, puisque l’époque du rachat éventuel des concessions est encore éloignée, et il n’est vraiment pas utile de la discuter dans tous ses détails ; mais à première vue n’aperçoit-on pas qu’en se chargeant ainsi de l’entreprise générale des transporte, l’état usurperait un rôle qui n’est pas le sien, qu’il assumerait une responsabilité qui répugne à sa nature même, et qu’il se trouverait mal à propos jeté dans l’ardente mêlée des compétitions mercantiles ? Et puis les monopoles d’état sont-ils donc si tendres qu’il paraisse désirable de les multiplier ? Nous nous demandons ce que le public gagnerait à ne plus rencontrer, dans ses rapports avec les chemins de fer, que des fonctionnaires et des agens de l’autorité. On se plaint de ce que les compagnies sont trop puissantes : l’état, s’il était à leur place, serait écrasant. Enfin quelle serait l’attitude du gouvernement devant les exigences innombrables et formidables, devant les rivalités et les jalousies qui l’assiégeraient sans relâche, et qui mettraient chaque jour en cause sa popularité et son prestige ? Non, il n’est à souhaiter, ni pour le public, ni pour l’état, que le système d’exploitation soit modifié, et nous n’avons aucun doute sur la solution que l’avenir réserve à cette question.


III

Après avoir justifié le système qui a été appliqué à l’établissement comme à l’exploitation du réseau français, nous avons à présenter l’énumération des avantages financiers, économiques, politiques et sociaux que le pays retire du développement de ses voies ferrées. Cette étude sera moins aride. Si quelques chiffres se dressent sur le seuil, nous les franchirons rapidement pour arrêter ensuite nos regards sur les perspectives si variées que l’intervention des chemins de fer a ouvertes aux destinées de notre temps.

En consultant le budget des recettes et en évaluant par des chiffres les clauses onéreuses du cahier des charges, on trouve que dès à présent les chemins de fer procurent à l’état un revenu annuel de 92 millions. Ce revenu est produit soit par les contributions foncières, droits de patente, droit du dixième sur les recettes