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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/297

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promesses et ses triomphes ; c’est la vérité avec le groupe de ses sciences et le cortège de ses inventeurs, c’est l’histoire et l’encyclopédie scolastique, c’est ce grand édifice symétrique de doctrines et de preuves sous lequel saint Thomas vient d’abriter toutes les âmes actives et tous les esprits pensans. Des intelligences sublimées par la théologie et le rêve ne peuvent désirer ni produire une autre œuvre. Dans la peinture comme dans la poésie, elles y sont poussées ; elles y sont réduites dans la peinture comme dans la poésie, et l’on n’a qu’à regarder le cloître de Santa-Maria-Novella pour y retrouver les limitations et les exigences de cette préoccupation et de ce besoin. Taddeo Gaddi y a représenté la philosophie, quatorze femmes, qui sont les sept sciences profanes et les sept sciences sacrées, toutes rangées sur une seule ligne, chacune assise dans une chaire gothique richement ornementée, chacune ayant à ses pieds le grand homme qui lui a servi d’interprète ; au-dessus d’elles, dans une chaire plus délicate encore et plus ornée, saint Thomas, le roi de toute science, foulant aux pieds les trois grands hérétiques, Arius, Sabellius, Averrhoès, pendant qu’à ses côtés les prophètes de l’ancienne loi et les apôtres de la nouvelle siègent gravement dans leurs insignes, et que dans l’espace arrondi sur leurs têtes des anges et des vertus symétriquement posés apportent des livres, des fleurs et des flammes. Sujet, ordonnance, architecture, personnages, la fresque entière ressemble au portail sculpté d’une cathédrale. — Toute pareille et encore plus symbolique est la fresque de Simone Memmi, qui, en regard, représente l’église. Il s’agit de figurer là toute l’institution chrétienne, et l’allégorie y est poussée jusqu’au calembour. Sur le flanc de Santa-Maria-di-Fiore, qui est l’église, le pape, entouré de cardinaux et de dignitaires, voit à ses pieds la communauté des fidèles, petit troupeau de brebis couchées que défend la fidèle milice dominicaine (Domini canes) ; les chiens du Seigneur étranglent des loups hérétiques. D’autres, prédicateurs, exhortent et convertissent. La procession tourne, et l’œil remontant aperçoit les vaines joies du monde, les danses frivoles, puis le repentir et la pénitence ; — plus loin, la porte céleste, gardée par saint Pierre, où passent les âmes rachetées, devenues petites et innocentes comme des enfans ; — puis le chœur pressé des bienheureux qui se continue dans le ciel par les anges, la Vierge, l’Agneau, entouré de quatre animaux symboliques, et le Père, au sommet du cintre, ralliant et attirant à lui la foule triomphante ou militante échelonnée depuis la terre jusqu’au ciel. — Les deux peintures sont en face l’une de l’autre et font une sorte d’abrégé de la théologie dominicaine, mais elles ne sont pas autre chose ; la théologie n’est pas la peinture, pas plus qu’un emblème n’est un corps.