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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/290

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réminiscences, dresse un pilier carré, fort et plein, dans lequel l’ornement ménagé n’efface point la structure générale, qui est non un frêle bijou sculpté, mais un solide monument durable, que son revêtement de marbres rouges, noirs et blancs, entoure d’un luxe royal, qui, par ses saines et vivantes statues, par ses bas-reliefs encadrés de médaillons, rappelle les frises et les frontons d’un temple antique. Dans ces médaillons, Giotto a dessiné les principaux momens de la civilisation humaine, les traditions de la Grèce près de celles de la Judée, Adam, Tubalcaïn, Noé, Dédale, Hercule et Antée, le labourage inventé, le cheval dompté, les arts et les sciences découverts ; l’esprit laïque et philosophique vit librement chez lui côte à côte avec l’esprit théologique et religieux. Ne voit-on pas déjà dans cette renaissance du XIVe siècle la renaissance du XVIe ? Pour passer de l’une à l’autre, il suffira que le premier esprit prenne l’ascendant sur le second ; au bout de cent ans, dans ces statues de Donatello, dans ce Chauve si expressif, dans le profond sentiment de la vie réelle et naturelle qui éclate chez les orfèvres et chez les sculpteurs, ses contemporains, on verra la preuve que la transformation commencée sous Giotto est déjà faite.

On ne peut faire un pas sans rencontrer un signe de cette persistance ou de cette précocité de l’esprit latin et classique. En face du Dôme est le Baptistère, qui d’abord servait d’église, sorte de temple octogone et surmonté d’une coupole, bâti certainement sur le modèle du Panthéon de Rome, ouvert jadis au sommet comme le Panthéon de Rome, et qui, au témoignage d’un évêque contemporain, déjà au VIIIe siècle élevait dans l’air les pompeuses rondeurs de ses formes impériales. Voilà donc aux temps les plus barbares du moyen âge une continuation, une rénovation, tout au moins une imitation de l’architecture romaine. On entre et l’on aperçoit une décoration qui n’a rien de gothique, un pourtour de colonnes corinthiennes en marbres précieux, au-dessus d’elles un cercle de colonnes plus petites surmontées d’arcades plus hautes, sur la voûte une légion de saints et d’anges qui peuplent tout l’espace, qui se pressent sur quatre rangs autour d’un grand Christ byzantin, maigre, éteint et triste. Ce sont là aux trois étages superposés les trois déformations graduelles de l’art antique ; mais, déformé ou intact, c’est toujours l’art antique. Ce trait est capital pour toute l’histoire de l’Italie : elle n’est point devenue germanique. Au Xe siècle, le Romain avili subsistait distinct et intact en face du barbare orgueilleux, et l’évêque Luitprand écrivait : « Nous autres Lombards, de même que les Saxons, les Francs, les Lorrains, les Bavarois, les Souabes et les Bourguignons, nous méprisons si fort le nom romain que, dans notre colère, nous ne savons pas offenser nos ennemis par une plus forte injure qu’en les