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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/29

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diminutions successives, qui se traduisent chaque année par une économie nouvelle au profit du producteur et du consommateur, et que les compagnies accordent spontanément, puisque leurs cahiers des charges les autoriseraient à maintenir des taxes beaucoup plus élevées. Il est vrai qu’elles consultent leur propre intérêt et qu’elles gagnent elles-mêmes à ces modérations de tarifs, qui accroissent leur clientèle ; mais s’il est permis de ne pas leur témoigner une trop vive gratitude, du moins faut-il reconnaître qu’elles ne demeurent pas inertes dans l’exécution passive de leurs contrats, qu’elles suivent le progrès, qu’elles se montrent pénétrées de l’intérêt qui s’attache au bas prix du transport.

Il serait vraiment superflu de fouiller dans les statistiques générales ou locales pour en extraire la preuve chiffrée du mouvement que la baisse des tarifs par chemins de fer a imprimé à la production et au commerce. Il suffit de considérer le total des quantités transportées pour apercevoir tout de suite combien d’industries, et avec elles combien d’élémens de travail, de bien-être, de richesse, se sont développés grâce à l’intelligence libérale avec laquelle les compagnies ont successivement réduit leurs taxes : ceux-là mêmes qui se refusent à reconnaître la cause sont bien obligés d’avouer et de saluer l’effet. Nous rencontrons cependant, parmi les nombreux documens que nous avons dû consulter, deux notes qui ont été publiées dans le Bulletin de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale [1], et qui démontrent d’une manière trop décisive les services rendus par les chemins de fer à l’agriculture pour que nous ne leur empruntions pas quelques renseignemens. Il s’agit du transport des céréales et des bestiaux.

Les céréales sont comprises dans la deuxième classe du tarif des chemins de fer et passibles, suivant les cahiers des charges, de la taxe de 14 centimes par tonne et par kilomètre. Une disposition récente stipule en outre que, dans le cas où le prix de l’hectolitre de blé s’élèverait, sur le marché régulateur de Paris, à 20 francs et au-dessus, le gouvernement aura le droit d’exiger des compagnies que le prix de transport ne dépasse pas 7 centimes. Or aucune compagnie n’applique, pas même en temps normal, le tarif plein que les cahiers des charges accordent pour les expéditions qui doivent être faites dans les délais réglementaires ; le prix réel est inférieur du tiers, quelquefois même de moitié au prix légal. Bien plus il y a, sur tous les chemins de fer, des tarifs spéciaux qui, pour un transport plus lent, fixent des prix qui varient de 6 à 2 centimes 1/2 par tonne (la tonne contient 12 hectolitres). La

  1. Bulletin de la Société d’Encouragement, n° d’avril et de septembre 1865.