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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/279

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toit d’un promenoir, tout au bout d’une rue un pan de colline verte ou quelque cime bleuâtre. Je viens de passer une heure dans la place de l’Annunziata, assis sur un escalier. En face est une église et de chaque côté de l’église un couvent, tous les trois avec un péristyle de fines colonnes, demi-ioniennes, demi-corinthiennes, qui s’achèvent en arcades. Au-dessus d’elles, les toits bruns de vieilles tuiles tranchent le bleu pur du ciel, et au bout d’une rue allongée dans l’ombre chaude les yeux s’arrêtent sur un des rond de montagne. Dans cet encadrement si naturel et si noble est un marché : des échoppes abritées d’un linge blanc recouvrent des rouleaux de toiles ; quantité de femmes en châles violets, en chapeaux de paille, vont, viennent, achètent et parlent ; presque point de mendians ni de déguenillés ; les yeux ne sont point attristés par le spectacle de la sauvagerie brute ou de la misère ; les gens ont l’air à leur aise et sont actifs sans être affaires. Du milieu de cette foule bariolée et de ces boutiques en plein vent s’élève une statue équestre, et près d’elle une fontaine verse son eau dans une vasque de bronze. Ce sont là des contrastes pareils à ceux de Rome ; mais ils s’accordent au lieu de se heurter. La beauté est aussi originale, mais elle tourne vers l’agrément et l’harmonie, non vers la disproportion et l’énormité.

On redescend ; un beau fleuve aux eaux claires, taché çà et là par des bancs de gravier blanc, coule le long d’un quai superbe. Des maisons qui semblent des palais, modernes et pourtant monumentales, lui font une bordure. Dans le lointain, on aperçoit des arbres qui verdissent, un doux et joli paysage pareil à ceux des climats tempérés, plus loin des sommets arrondis, des coteaux, — plus loin encore un amphithéâtre de rocs sévères. Florence est dans une vasque de montagnes comme une figurine d’art au centre d’une grande aiguière, et sa dentelure s’argente avec des teintes d’acier sous les reflets du soir. On suit la rivière et on arrive aux Cassines. Le vert naissant, la teinte délicate des peupliers lointains ondule avec une douceur charmante sur le bleu des montagnes. Une haute futaie, des haies épaisses et toujours vertes défendent le promeneur contre le vent du nord. Il est si doux, aux approches du printemps, de se sentir pénétré par la première tiédeur du soleil ! L’azur du ciel luit magnifiquement entre les branches bourgeonnantes des hêtres, sur la verdure pâle des chênes verts, sur les aiguilles bleuâtres des pins. Partout entre les troncs gris où la sève s’éveille sont des bouquets d’arbustes qui n’ont point subi le sommeil d’hiver, et la jeunesse des pousses nouvelles va s’unir à leur jeunesse vivace pour remplir les allées de couleurs et de senteurs. Des lauriers fins comme dans un tableau profilent sur la rive leurs têtes sérieuses, et l’Arno, tranquillement épandu, développe