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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/274

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tique dans l’homme qui employait sa vie à compter les pattes des insectes ou à observer leur appareil digestif. Mais l’Italie n’a-t-elle pas assez longtemps porté la peine des sottises d’un temps passé sans retour ? Elle a marché, avec la civilisation, et quelques-unes de ses académies d’aujourd’hui mériteraient qu’on parlât d’elles sur un ton sérieux et pour les louer. Quoique disséminées, elles ont plus d’importance que n’en sauraient avoir chez nous les académies de province, parce que si la péninsule a longtemps souffert du régime municipal, elle en a eu du moins les avantages : chaque ville a conservé sa physionomie propre et tenté de se suffire à elle-même.

L’Académie de Turin, divisée en sections comme notre Institut, contient ou a contenu dans son sein des hommes d’une célébrité européenne, d’une science profonde, Lagrange, Plana, Gazzera, Gorresio, sans compter ses associés étrangers dont la réunion, si elle avait jamais lieu, formerait la plus brillante compagnie qu’on puisse imaginer. L’académie de la Crusca, dont le siège est à Florence et que Napoléon a réorganisée en 1811, conserve, comme fait chez nous l’Académie française, le précieux dépôt des traditions littéraires, et se borne à enrichir ce trésor en consacrant à l’occasion les heureuses hardiesses des nouveaux génies. Elle juge sévèrement, au sein de l’Italie régénérée, cette littérature élégante, mais verbeuse et vide, qui plut si longtemps à une noblesse éloignée des affaires publiques, avilie par la servitude, des cours, et qui, pendant plus de deux siècles, détourna une nation si heureusement douée de ses plus graves devoirs comme de ses plus chers intérêts.

Rendue à la liberté et à la vie, Naples n’a point voulu rester en arrière ; ne trouvant plus dans les vieux corps savans dont la dynastie des Bourbons avait toléré l’existence assez de flexibilité et de force pour se prêter aux changemens qu’exigeait l’esprit moderne, elle a fondé de nouvelles académies, comme elle fonde peu à peu toutes les institutions nécessaires à son existence intellectuelle. En 1862, quelques hommes de bonne volonté se réunirent pour créer une académie des sciences morales et politiques, c’est-à-dire celle qui, par son titre et ses études, semble correspondre le mieux aux besoins nouveaux de notre temps. Il fut décidé que cette compagnie ne se composerait que de quatorze membres résidens, limite prudente, pour être assuré de n’admettre que des hommes de valeur. Dans ce petit nombre, on rencontre des noms connus à Naples et même dans le reste de l’Italie, entre autres MM. Pisanelli, Manna, Desanctis, Spaventa, Imbriani et Vera, qui a professé longtemps la philosophie dans l’université de France avant de l’enseigner à Naples et à Milan. Parmi les six membres non résidens, nous trouvons MM. Mamiani, Sclopis, Cattaneo, Mancini, qui se sont fait un nom soit dans les lettres, soit dans la politique, et M. Ferrari, dont les lecteurs de la Revue n’ont peut-être pas oublié les travaux. Les associés étrangers sont MM, Stuart Mill, Michel Chevalier, Faustin