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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/273

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science et les enseignemens de la pratique. A ce titre, et sous la réserve de quelques points secondaires, sur lesquels la contestation pourrait s’établir sans compromettre les principes, les écrits que M. Bonnet vient de publier sur le crédit et sur les banques sont tout à fait dignes des succès qu’ils ont obtenus.


C. LAVOLLEE


L’ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES A NAPLES.

Le temps n’est plus où les académies italiennes faisaient parler d’elles, mais on peut se demander si le silence et l’obscurité dont elles s’enveloppent aujourd’hui ne sont pas préférables au bruit et à l’éclat des siècles passés. Dans cet étonnant XVIe siècle où la prose italienne prit son essor, où l’on poussa presque à l’excès, s’il peut y avoir excès en ce genre, l’art de bien écrire, on voyait se former, sous les noms les plus bizarres, les Lucides, les Obscurs, les Gelés, les Enflammés, etc., autant d’académies qu’il y avait de villes et même de bourgades. Dans chaque compagnie, chaque membre portait un surnom conforme à la prétentieuse appellation des doctes corps. Pour ne citer qu’un seul exemple, l’académie de la Crusca, qui a survécu, comme celle des Arcades, à tant de ruines, avait voulu se donner pour une compagnie de meuniers, triant la farine du son au moyen du blutoir : ces meuniers littéraires s’appelaient le Pétri, le Mou, le Pain bis, etc., et s’asseyaient sur des sièges qui imitaient par leur forme la hotte à porter le pain, le dossier rappelait la pelle à remuer le blé, et les coussins ressemblaient à des sacs. L’emploi du temps n’était pas soumis à des règles moins singulières. Se trouvait-il, par exemple, que, dans la très sérieuse assemblée de la Vertu, le consul ou président eût un grand nez, Annibal Caro faisait l’éloge des grands nez dans un long discours. Dans ces sortes de harangues nommées cicalate, parce que le débit de l’orateur rappelait le cri de la cigale, on louait, le premier jour d’août, la salade, le concombre, l’hypocondrie, on recherchait qui était antérieur de la poule ou de l’œuf. Le discrédit où tombèrent promptement ces premières académies italiennes n’était, on le voit, que trop mérité ; mais il faut dire à la décharge de l’Italie que si elle perdit son temps à de elles inepties, c’est peut-être que le despotisme ombrageux des princes, ne lui permettait pas les occupations sérieuses. L’historien qui voulait soulever un coin du voile dont la vérité était couverte courait risque d’être envoyé en exil ou même assassiné, comme Varchi. Seules, les sciences naturelles obtenaient, avec les discussions grammaticales, les encouragemens princiers, dont il semblait qu’on ne pût se passer pour aucune étude : les Médicis ne voyaient pas un dangereux adversaire de leur poli-