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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/272

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Les principes les plus élémentaires de l’économie politique sont profondément engagés dans ces questions, ou plutôt ils les dominent. En effet, pour déterminer exactement le rôle des banques et pour discerner les moyens pratiques de répandre le crédit à l’aide de la circulation fiduciaire, il importe, avant tout, d’être bien fixé sur la nature même du crédit, sur le caractère et la valeur de la monnaie de papier, sur les conditions qui président à la hausse et à la baisse de cette valeur. Ce sont là des problèmes purement économiques. On doit ensuite examiner comment sont organisés les établissemens de crédit dans les pays où la monnaie fiduciaire est le plus utilement employée et exerce la plus heureuse influence sur l’ensemble des transactions. Quelque différente que paraisse l’organisation des banques en France, en Angleterre, en Hollande, aux États-Unis, on peut ajouter, en y regardant de près, que la diversité n’existe que dans la forme ; au fond, le crédit est soumis partout aux mêmes lois, aux mêmes principes. M. Victor Bonnet s’est livré à cette double étude, à la fois théorique et comparative, qui seule peut conduire à la solution des difficultés auxquelles donne lieu aujourd’hui le système des banques.

L’un des grands périls de l’économie politique considérée comme science, c’est qu’elle est exposée à voir ses axiomes les plus certains discutés et contestés par les intérêts auxquels ceux-ci peuvent faire obstacle. Rien de pareil ne s’observe dans les sciences dites exactes. Il n’y a pas de contradicteur, si ardent qu’il soit, qui ose s’attaquer à une règle d’arithmétique, tandis qu’en matière d’économie politique on ne se fait pas scrupule de revenir sur les règles admises, sur les faits établis, pour peu que l’intérêt s’en mêle. A ce compte, si l’économie politique ne possédait pas des principes certains, invariables, même au milieu de la diversité des applications, elle ne mériterait pas le nom de science ; elle s’abaisserait à la condition d’un simple expédient, et ses plus cruels ennemis ne pourraient la décrier plus sûrement. Quand on soutient, par exemple, qu’une banque, fût-elle la plus riche et la plus privilégiée du monde, pourrait continuer à fournir l’escompte à bas prix concurremment avec une hausse générale dans le taux du crédit, n’est-ce point méconnaître les principes depuis longtemps vérifiés par la science et répudier par le fait la grande loi de l’offre et de la demande, qui est assurément l’un des fondemens les plus solides de l’économie politique ?

Ce qui obscurcit en ce moment la question des banques, c’est qu’elle est livrée aux disputes véhémentes des intérêts. Les lumières qu’elle a reçues de la doctrine sont étouffées sous les passions qui s’agitent. On s’en prend à une institution particulière, à une forme du crédit, et l’on ne paraît pas songer que l’on s’attaque au crédit même, en lui enlevant ses caractères essentiels. Il n’y a pas à s’inquiéter de l’issue de ce débat. Les principes triompheront par leur propre vertu. Il n’en faut pas moins savoir gré aux hommes d’étude qui s’appliquent à la démontrer en rappelant la loi de la