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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/25

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doit se garder de les compromettre par trop de hâte et de les décourager par des exigences déraisonnables.

Nous arrivons au transport des marchandises. Au début des chemins de fer, on était convaincu que ces voies rapides seraient utilisées à peu près exclusivement pour le transport des personnes, et que celui des marchandises n’en profiterait que dans une faible proportion. C’était là une fausse prévision, et, ajoutons-le, une heureuse erreur. Préférées par les voyageurs au point de faire disparaître tous les autres modes de locomotion, les voies ferrées n’ont pas tardé à attirer les marchandises, au point de ruiner le roulage et de soutenir la concurrence des voies fluviales et des canaux. Depuis 1853, la recette brute provenant du transport des marchandises dépasse la recette des transports de voyageurs, et chaque année l’écart augmente. Cet accroissement énorme de trafic est aussi merveilleux qu’il était inattendu. Un résultat analogue s’est manifesté dans les autres pays. Les chemins de fer sont appelés à exercer sur les destinées de la production et de la consommation une influence prépondérante ; ils portent sur leurs rails la plus grande partie de la fortune publique ; par la force des choses, le capital et le travail sont devenus presque leurs tributaires. Leur bonne ou mauvaise exploitation réagit directement sur tous les intérêts. Aussi la question du transport des marchandises par les chemins de fer a-t-elle éveillé la plus vive sollicitude de la commission d’enquête de 1862, et nous la voyons reparaître chaque année dans les débats législatifs.

Pour les marchandises comme pour les voyageurs, c’est avec l’exploitation des chemins de fer anglais que s’établit d’ordinaire la comparaison, et là encore se rencontrent les traits distinctifs qui ont été observés dans le transport des personnes tel qu’il se fait en France et en Angleterre. La rapidité du service est incontestablement supérieure chez nos voisins, et les tarifs français sont plus bas : la moyenne du prix perçu est pour nous de 6 ou 7 centimes par tonne et par kilomètre, tandis qu’en Angleterre elle dépasse 9 centimes. La différence de prix suffirait à justifier la différence de célérité ; mais il y a d’autres raisons qui expliquent l’avantage dont, jouissent sous ce dernier rapport les chemins anglais.

Le trafic sur les lignes anglaises est plus régulier, plus également réparti que sur les lignes françaises. En France, le mouvement des affaires comme celui des voyageurs se concentre à Paris et dans un très petit nombre de villes, où les compagnies doivent entretenir sans cesse une énorme accumulation de matériel ; en Angleterre, il s’étend à beaucoup de localités que l’industrie a peu à peu érigées en cités populeuses et qui prennent une part notable aux transports. Dès lors le travail d’expédition et de réception des