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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/236

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l’opinion publique, qui le contrôle, et devant le pouvoir suprême, dont il dépend.

La question de l’enseignement religieux dans les écoles a reçu ici une solution qui mérite d’être signalée parce qu’elle tient le milieu entre le système irlandais et le système américain. Ce n’est point tout à fait la sécularisation radicale comme aux États-Unis, et cependant la liberté de conscience est scrupuleusement respectée. Dans aucune école, les enfans ne sont tenus de lire ou d’entendre lire des extraits d’un livre religieux quelconque ou de s’associer à une pratique de dévotion, quelle qu’elle soit, sans le consentement de leurs parens. L’instituteur ne peut s’occuper de l’instruction religieuse avec les élèves qui veulent y participer qu’en dehors des heures de classe ; mais s’il doit éviter de parler des dogmes d’une secte particulière, il est tenu cependant d’inculquer aux élèves les principes généraux de la morale et de la religion naturelle. Il ne sera pas superflu de citer, au sujet de cette importante matière, les termes mêmes dont s’est servi le conseil supérieur de l’instruction publique. « Le système adopté en Irlande doit servir de modèle pour le Haut-Canada. Là, ainsi que le constate la commission de l’éducation nationale irlandaise, on s’efforce partout d’imprimer fortement dans les âmes des jeunes enfans la conviction de la nécessité de la religion ; on cultive pratiquement le sens moral, on fait aimer Dieu, on éveille le sentiment d’une piété sincère, mais toujours en évitant de parler des dissidences qui caractérisent les différentes communions. Ici nos instituteurs devront agir dans le même sens. Joignant l’exemple au précepte, ils auront pour idéal la piété, la justice, le saint amour de la vérité. Ils stimuleront le patriotisme, le dévouement à l’humanité, la bienveillance universelle. Ils se rappelleront que la sobriété, l’activité, la frugalité, la chasteté, la modération, sont des vertus aussi nécessaires à la conservation de la liberté des peuples qu’à l’ornement de la vie sociale. Enfin, autant que l’intelligence de leurs élèves le permettra, ils leur feront comprendre la destination de l’homme et les obligations qui en résultent, et ils prépareront ainsi leur bonheur futur en fécondant leurs bons instincts et en leur inspirant de l’horreur pour toute espèce de mal moral. » Ce système emprunté à la loi du Massachusetts paraît bon. Confier à l’instituteur laïque l’enseignement des vérités morales et religieuses auxquelles l’homme peut s’élever par la seule force de la raison et réserver au prêtre les dogmes qui reposent sur la révélation, tel est le moyen adopté pour assurer d’une part l’indépendance de l’état, d’autre part le respect de la liberté de conscience.

Le parlement canadien et les sections scolaires n’ont pas reculé