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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/23

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s’accroît en proportion de la baisse du prix de vente. Pour que cette loi devienne applicable sans ruiner l’industriel, il faut premièrement que le produit comporte une augmentation de consommateurs en rapport avec le supplément de capital qui aura été consacré à l’accroissement de la production ; il faut, en second lieu, que l’industriel puisse, avec une production plus abondante, réaliser une économie très sensible sur les frais. Voici, par exemple, un fabricant de tissus, un extracteur de houilles : la consommation des produits que l’un et l’autre présentent sur le marché est d’une élasticité telle que la baisse du prix de vente est assurée de provoquer un accroissement continu d’acheteurs. En outre il est certain que pour ces industries les dépenses de fabrication ou d’extraction sont loin de s’élever en proportion de la quantité des produits. De même pour la poste : on a pu hardiment diminuer, par une réforme soudaine, la taxe des lettres, parce que cette réduction, opérée sur un tarif très onéreux, intéressait non-seulement la population tout entière, mais encore tout un monde d’affaires, et aussi parce que les frais de transport des correspondances, grâce à l’amélioration des voies de communication et à l’emploi économique des chemins de fer, devenaient absolument et proportionnellement beaucoup moindres. Et cependant, malgré ces conditions favorables, ce n’est qu’après une période de plusieurs années que l’état a retrouvé l’ancien produit net. — En serait-il de même pour les chemins de fer ? Pense-t-on que le besoin ou le goût des voyages soit de nature à se développer, quant à présent, dans des proportions suffisantes pour donner un produit égal avec des tarifs beaucoup plus bas ? Il faut songer que la population s’accroît lentement et qu’au sein de cette population il est de nombreuses catégories que la gratuité même des transports n’engagerait pas à se déplacer. On se berce d’illusions quand on imagine qu’avec de très larges diminutions de prix la France entière se mettrait en route. D’un autre côté, s’il est exact que les trains ont encore des places vides et qu’ils pourraient, sans augmentation de frais, transporter un plus grand nombre de voyageurs, ce raisonnement n’aurait plus aucune valeur dans l’hypothèse où l’on se place, c’est-à-dire si le trafic prenait les proportions immenses que certains esprits croient pouvoir attendre d’un dégrèvement de tarifs. Une partie des frais généraux, surtout les frais de traction, s’élèveraient très sensiblement avec des trains plus multipliés, qui exigeraient une augmentation correspondante de matériel et, sans mentionner les autres détails, des emplacemens plus coûteux. En un mot, le voyageur, considéré comme aliment de transport, ne peut pas être comparé avec ces marchandises de production presque inépuisable et de vente presque indéfinie que nous citions tout à l’heure. C’est à quoi n’ont pas réfléchi les